Raphaël Picon, un explorateur pour demain

Trop tôt disparu, des suites d’un cancer, celui qui fut doyen de l’Institut protestant de théologie, à Paris, avait fait connaître en France la théologie du « process ». Un de ses amis pasteurs, Jean-Marie de Bourqueney, nous parle de lui.

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Publié le 3 février 2016

Auteur : Jean-Marie de Bourqueney

Sur mon bureau, quelques livres qui passent au gré des lectures, des préparations et des recherches. Mais un ouvrage attire mon attention. Il y est depuis plusieurs mois. Ce livre est sans doute l’un des plus beaux de l’histoire de la théologie : Le Courage d’être, de Paul Tillich. Cet ouvrage est, comme la pensée de son auteur, « au carrefour » de l’existentiel et du conceptuel. Il vous touche, intellectuellement et vitalement…

Voici quelques mois, alors que la partie contre la maladie était mal engagée, Raphaël Picon m’a reparlé de ce livre en me disant qu’il ne le lisait plus de la même manière, m’invitant moi-même à le relire. Raphaël le savait, le laissait entendre, mais sans nous imposer cette cruelle réalité : il vivait ses derniers mois. Chaque moment partagé avec lui, même parfois très dur, devenait, de manière magiquement paradoxale, un instant de grâce. Lorsque l’on ressortait de chez lui, on y avait passé « un bon moment ». Plusieurs l’on dit. Et cette grâce venait de lui. Jusqu’au bout, et même quand les mots, lui qui les chérissait tant et les maniait avec virtuosité, n’étaient plus là, son sourire nous illuminait. Le mot n’est pas trop fort.

Nous avons ri ensemble, et ce rire était, pour reprendre le sous-titre du dernier ouvrage de Raphaël sur Ralph Emerson, un « sublime ordinaire ». Cette manière de vivre était autant son âme que son choix : chaque instant est possiblement porteur. De quoi ? À nous de le trouver.

Une volonté d’intensité

Raphaël, jusqu’au bout, n’a pas simplement défendu ou développé des idées. Il les a incarnées jusque dans son corps et ses expressions. Il promouvait la théologie du process et en était devenu l’un des plus grands spécialistes. Son bilinguisme et son expérience américaine ont favorisé chez lui une parfaite connaissance de cette théologie, mais aussi de ses conséquences culturelles : il parlait encore récemment d’un « festival process du cinéma », aux États-Unis. Mais il avait aussi fait un choix, dont il avait discuté avec ses collègues professeurs, notamment André Gounelle qui a introduit cette pensée en France, et avec ses amis, de cœur et d’idée, dont j’étais : il ne voulait pas « expliquer » le process, puisque, disait-il, « le process c’est la théologie, c’est la vie… ». […]

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