Rencontre avec Dominique Colombier, aumônier d’hôpital

À l’hôpital, les malades sont des patients, ils attendent, surtout l’après-midi. Le temps est propice à la rencontre, il redevient occupé quand quelqu’un est à l’écoute.

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Publié le 25 septembre 2019

Auteur : Stéphane Griffiths

À l’hôpital, dans les EHPAD, les soignants n’ont pas le temps parce qu’ils sont peu nombreux, parce que les budgets sont ce qu’ils sont, parce qu’il n’y a pas assez de place dans les Instituts de formation en soin infirmier, parce qu’il faut nécessairement passer du temps à dire qu’on n’a pas le temps, afin d’en gagner. L’aumônier dit, moi, j’ai tout mon temps.
Enfant, elle aimait les études, mais une jeunesse contrariée au sein d’une vie de famille compliquée l’éloigne du lycée ; elle devient mère au foyer, plus tard femme de pasteur. Quand ses quatre enfants sont devenus grands, son passage à la rédaction du PO (de 1998 à 2002) lui redonne le goût de l’écriture, de la recherche et des études. Psychologie ? Philosophie ? Non, ce sera théologie, d’abord à distance puis à l’IPT de Montpellier ! Elle n’a pas vu le temps passer et la voilà à l’aumônerie des hôpitaux de La Rochelle.

Le temps d’écouter…

Son plaisir c’est la rencontre. Au cours de sa formation à Montpellier, en milieu hospitalier, ce sont des kilomètres de couloir, des centaines de lits, un lieu peu rassurant où elle arrive avec ses propres représentations.
Apprendre à entrer timidement dans la chambre, y trouver une vieille dame se tenant immobile sous sa couverture, sans ciller, comme si elle comptait le temps en attendant qu’il touche enfin à sa fin ; ou un homme qui déverse sa colère face à la maladie. Prendre la mesure de sa propre fragilité et être là, présence offerte, simplement. Arriver les mains vides (une Bible dans le sac qu’on n’ouvre que rarement). Donner du temps.
Plus tard, à La Rochelle, elle exerce le métier dans des lieux plus intimes, plus propices à la rencontre. D’abord à la demande du malade, de sa famille ou des soignants qui détectent une souffrance spirituelle. Ou encore à l’hôpital psychiatrique où elle s’installe à la cafétéria et où les gens viennent spontanément la voir.

Et puis, une fois par mois, en gérontologie, pour un Voyage au pays de la Bible. Les voyageurs : une petite dizaine de résidents, plutôt catholiques pratiquants. On y chante, beaucoup, différents, mais d’une seule voix ! Car l’aumônerie est un lieu où se vit l’œcuménisme, voire l’interreligieux. Elle est au service de tous pour répondre à une demande de spiritualité, quelle qu’elle soit.

… Et d’être écoutée

Quand on passe son temps à écouter, il faut aussi se donner le temps d’être écoutée. Pour cela il y a le Conseil d’aumônerie avec qui Dominique partage expériences et actions. Des groupes de parole animés par une psychothérapeute. Et sur un plan individuel, une psychologue clinicienne lui permet de relire sa pratique et clarifie avec elle certains points d’achoppement pour ne pas trébucher. Tout cela pour garder la tête froide et la distance nécessaire pour laisser le temps que Dominique partage avec les malades jouer son rôle.
Et vient le temps de se retirer, le temps de sortir de la chambre sans faire de bruit, « pieds nus », riche de tout ce qu’elle a vécu.
Et maintenant, que faire de tout ce temps qui s’ouvre devant elle ? Dominique ne le sait pas encore, souffler, d’abord, puis peut-être garder un pied dans l’aumônerie, bénévolement, créer ou s’engager dans de nouvelles activités, rechercher un complément de formation, beaucoup de points d’interrogation. Je la rassure, on viendra la chercher, la jeune retraitée !

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