À 17 ans, Farshad vit dans la peur. La police vient plusieurs fois par semaine fouiller la maison familiale et interroger les voisins pour savoir où il se trouve. « J’errais d’un endroit à l’autre, sans téléphone, pour ne pas être retrouvé », se souvient-il. Après des semaines de fuite, une conclusion s’impose : quitter l’Iran devient, pour lui, comme pour d’autres chrétiens d’Iran, la seule issue.

Une société iranienne façonnée par l’islam chiite

Dans la République islamique, où plus de 99 % de la population est musulmane, l’islam chiite structure le pouvoir politique, les lois et l’éducation. Changer de religion y est perçu comme une trahison envers la communauté. Pourtant, dans l’ombre, certains Iraniens cherchent une autre voie spirituelle.

Né à Chiraz et étudiant en graphisme, Farshad commence à s’interroger sur sa foi il y a une douzaine d’années, après des discussions avec un chrétien iranien. « J’ai découvert un Jésus qui est Dieu dans la Bible », explique-t-il. Sa conversion au christianisme creuse alors un fossé entre lui, sa société et le régime iranien. En 2014, il quitte son pays.

Une présence chrétienne ancienne mais encadrée

Selon l’iranologue Richard Foltz, le christianisme existe en Iran depuis les premiers siècles. Les Églises historiques arménienne et assyro-chaldéenne sont reconnues par la Constitution, mais « bénéficient de libertés limitées : leurs membres peuvent pratiquer leur culte, tout en subissant discriminations et restrictions, notamment l’interdiction de prêcher en persan », précise Philippe Fonjallaz, directeur de Portes Ouvertes Suisse.

La situation est plus délicate pour les convertis issus de l’islam, estimés à environ 800 000 fidèles par l’ONG Portes Ouvertes. Le prosélytisme peut entraîner arrestations et poursuites.

Pour les chrétiens d’Iran, les tensions se sont accentuées récemment. Après les frappes israéliennes contre des sites militaires iraniens durant l’été 2025, les autorités ont renforcé la pression sur les chrétiens, parfois accusés de liens avec l’Occident. Une cinquantaine d’entre eux ont été arrêtés.

Aujourd’hui vidéaste en exil, Farshad rêve de reprendre un jour la route qui l’a mené en Suisse pour témoigner et encourager ceux qui vivent aujourd’hui un parcours similaire. Pour certains Iraniens, la foi n’est pas seulement une croyance : c’est un chemin. Parfois, un chemin d’exil.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Responsable éditorial : David Gonzalez
Réalisation : Anne-Valérie Gaillard
Intervenants : Farshad Ghane, Richard Foltz, Philippe Fonjallaz