À Davos, l’incertitude est devenue la norme. « La première chose qu’on peut dire aujourd’hui, c’est qu’il y a une très grande volatilité. Chaque jour, on ne sait pas ce qui va se passer », observe François Dermange, professeur d’éthique à l’Université de Genève. Pour Nicoleta Acatrinei, économiste, ce flou s’explique par une crise plus profonde : « Un manque de confiance dans l’élite politique, dans les médias, dans le futur. On navigue à vue parce qu’on vit un renversement du monde. »

Chaque année, le Forum économique mondial réunit banques, multinationales et États dans la station suisse, vitrine du pouvoir global. Mais cette édition marque une nouveauté : au milieu des débats sur l’intelligence artificielle ou les conflits géopolitiques, la foi s’invite à la table des discussions.

À côté des traditionnelles « Houses » qui accueillent rencontres informelles, une initiative intrigue : la House of God, plateforme dédiée à la spiritualité et aux valeurs, installée à quelques pas de la USA House. Pour Nicoleta Acatrinei, fondatrice de la House of God, née en Roumanie sous la dictature de Ceaușescu, la foi n’est pas un sujet abstrait. « Être chrétien dans une dictature communiste pouvait mener à la prison ou à la torture », rappelle-t-elle, évoquant son père spirituel, emprisonné pendant quatorze ans.

L’objectif de la House of God est clair : apporter la sagesse des traditions religieuses aux décideurs. Pour François Dermange « la théologie ne concerne pas seulement les croyants. Elle peut apporter de l’humanité dans la réflexion économique », souligne-t-il. D’autant que 87 à 90 % de la population mondiale se réclame d’une religion ou d’une spiritualité, un facteur largement ignoré dans les politiques publiques.

À Davos, la foi ne prétend pas fournir des solutions clés en main. Elle rappelle plutôt un principe essentiel : l’économie n’est pas une fin en soi. Derrière chaque décision, il y a des vies humaines, et la croissance n’a de sens que si elle sert l’accomplissement de l’être humain.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Nicoleta Acatrinei, François Dermange
Responsable éditorial : David Gonzalez
Réalisation : Anne-Valérie Gaillard