Une image a fait le tour du monde : deux dirigeants majeurs de l’intelligence artificielle refusent de se serrer la main. Geste anodin en apparence. Symbole fort en réalité. Car derrière la compétition technologique se cache un désaccord profond sur ce que doit devenir l’IA.

D’un côté, la stratégie européenne incarnée par l’entreprise française Mistral : proposer des modèles open source, téléchargeables et personnalisables, afin que chaque entreprise – banque, défense, industrie – dispose de sa propre architecture IA. Une révolution pragmatique, au service de l’économie réelle.

De l’autre, les géants américains comme OpenAI ou Anthropic. Leur horizon dépasse le monde des affaires. Ils visent l’« IA forte », capable d’enchaîner les découvertes scientifiques et de transformer radicalement l’humanité. Une intelligence artificielle cumulant les compétences de millions d’experts. Pour y parvenir : des modèles toujours plus massifs, financés à coups de milliards, dans une logique de course stratégique.

Leur ambition dépasse la simple optimisation des entreprises. Ils imaginent une intelligence capable d’enchaîner les découvertes scientifiques et de transformer l’humanité. « Imaginons 50 millions de personnes toutes plus compétentes que n’importe quel lauréat du prix Nobel, homme d’État ou expert en technologie. » La promesse est vertigineuse.

Mais cette vision est loin de faire consensus. Des chercheurs comme Yann LeCun rappellent que les grands modèles de langage ne suffiront peut-être pas à atteindre cette IA dite « générale ». D’autres voies sont explorées.

Alors, révolution imminente ou mirage techno-optimiste ? Le monde des entreprises sera-t-il bouleversé, ou l’humanité tout entière franchira-t-elle un seuil inédit ?

Paul Drion décrypte une guerre qui redessine déjà le monde.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Gaël Varoquaux
Responsable éditorial : David Gonzalez
Réalisation : Paul Drion