Sous couvert d’efficacité et de rupture avec les lenteurs du multilatéralisme, la politique internationale de Donald Trump s’apparente, selon François Ernenwein, à une Pax Americana profondément trompeuse. Loin de restaurer un ordre mondial stabilisé, elle installe un rapport de force brutal qui fragilise le droit international et encourage, par mimétisme, d’autres impérialismes, notamment ceux de la Russie et de la Chine.

L’illusion persistante consiste à croire que les contre-pouvoirs américains — tradition démocratique, État de droit, institutions — suffiraient à contenir les excès d’un président tentée par l’abus de pouvoir. Or, constate François Ernenwein, c’est l’inverse qui s’est produit. Sur le plan intérieur, les règles juridiques sont méthodiquement contournées, notamment dans le traitement des migrants. Sur la scène internationale, le multilatéralisme est balayé au profit d’une logique de domination assumée.

Les « plans de paix » portés par Donald Trump illustrent cette dérive. En Ukraine comme à Gaza, les cessez-le-feu obtenus sont précaires, car fondés sur la validation de la position du plus fort. En Ukraine, la paix passerait par l’abandon de territoires au bénéfice de la Russie ; au Proche-Orient, elle se traduirait par la négation durable des droits des Palestiniens. Une paix imposée, sans traitement des causes profondes des conflits, ne peut être qu’instable.

Le cas du Venezuela révèle, selon Ernenwein, la véritable logique à l’œuvre : derrière le discours moral contre la dictature de Nicolás Maduro, l’enjeu central reste le contrôle des ressources, en particulier le pétrole. Cette politique de puissance, assumée sans détour, transforme les partenaires en vassaux.

Certes, les États-Unis ont parfois contribué à apaiser certains fronts. Mais une paix qui ne repose ni sur la coopération ni sur le droit ne fait qu’accroître l’instabilité globale. Dans cette vision impériale des relations internationales, avertit François Ernenwein, la loi du plus fort devient la seule boussole — une menace directe pour l’Europe et pour l’ordre international hérité de l’après-guerre.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : François Ernenwein
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Horizontal pictures