Une commission très politique sur un sujet structurel
Au terme de plusieurs mois de travaux, la commission d’enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » a clos ses auditions le mercredi 8 avril. Sur le principe, rien d’illégitime à ce que le Parlement contrôle un service public. Mais la séquence aura surtout révélé à quel point le sujet est devenu explosif : derrière les auditions, c’est bien la place même de l’audiovisuel public dans le paysage français qui s’est retrouvée en question.
Dans cette chronique d’actualité, Paul Drion propose de dépasser les polémiques pour revenir à l’essentiel. Car la vraie question n’est pas seulement de savoir si telle émission est contestable ou si tel dirigeant a convaincu les députés. Elle est de savoir ce que l’on attend encore de l’audiovisuel public : informer, transmettre, créer, fédérer, ou simplement occuper une place résiduelle dans un paysage de plus en plus concurrentiel.
Financement, indépendance, légitimité : le vrai nœud du débat
Le cœur du problème est là. Depuis la suppression de la contribution à l’audiovisuel public en 2022, le financement de l’audiovisuel public ne repose plus sur une redevance dédiée, mais sur une fraction de TVA. Ce changement a replacé son financement dans un cadre beaucoup plus politique, donc plus exposé aux arbitrages budgétaires et aux rapports de force parlementaires.
Autre point souvent oublié : le coût du service public audiovisuel reste relativement modéré à l’échelle européenne. Lors d’une audition parlementaire, il a été rappelé qu’il représente environ 4,2 euros par mois par Français, soit un niveau inférieur à celui observé en Allemagne ou au Royaume-Uni. Le débat porte donc moins sur une dépense hors de contrôle que sur une orientation politique : quel périmètre veut-on encore donner au service public ?
C’est ce que l’analyse de Philippe Bailly, Françoise Benhamou et Alain Diberder met bien en lumière. La commission n’a pas seulement examiné un fonctionnement ou une ligne éditoriale ; elle a exposé une fragilité plus profonde. Un audiovisuel public dont on réduit les moyens, dont on discute en permanence la légitimité, et dont le financement dépend désormais davantage des majorités du moment, devient mécaniquement plus vulnérable. Et c’est peut-être là, au-delà des effets de scène, que se situe l’enjeu principal.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Philippe Bailly, Françoise Benhamou, Alain Diberder
Responsable éditorial : David Gonzalez
Journaliste : Paul Drion
