Dans le deuxième épisode de son entretien avec Paul Drion, le démographe Martin Rott aborde frontalement ce qu’il nomme un « tabou démographique ». Selon lui, si la question sociale traverse toute l’histoire humaine sans jamais être définitivement résolue, la question écologique, elle, se joue à très court terme. « Notre avenir écologique se joue dans les décennies qui viennent », insiste-t-il.

Pour Martin Rott, l’un des principaux freins à une réflexion sérieuse sur la décroissance démographique réside dans le refus collectif de reconnaître l’impact du nombre sur l’environnement. Ce tabou traverse l’ensemble du champ politique. Le centre libéral défend la croissance économique, fondée sur l’augmentation du nombre de consommateurs. La droite, quant à elle, soutient une politique nataliste sélective, perçue comme un rempart contre l’immigration. Plus surprenant encore, la gauche et les mouvements écologistes participeraient eux aussi à cette occultation, depuis que l’écologie politique s’est articulée à une lecture prioritairement sociale des enjeux environnementaux.

Martin Rott critique ainsi une écologie qui, au nom de la justice sociale, relègue systématiquement les impératifs écologiques au second plan. « Chaque fois qu’il faut choisir entre le social et l’écologie, c’est l’écologie qui perd », observe-t-il. Selon lui, vouloir résoudre simultanément ces deux questions conduit souvent à n’en traiter aucune efficacement.

Le silence des organisations internationales, notamment lors des conférences climatiques, renforce ce constat. La démographie y est rarement abordée, car jugée politiquement sensible. Les religions ne sont pas épargnées : l’islam, le catholicisme et certaines branches du protestantisme restent profondément natalistes.

Martin Rott regrette enfin l’absence de réflexion démographique dans la théologie écologique contemporaine, y compris au sein de l’Église protestante unie de France. Il appelle à une relecture biblique fondée non seulement sur l’éthique de la conviction, mais sur une véritable éthique de responsabilité, au sens de Max Weber. Sortir des logiques de « silos », accepter le débat et mesurer les conséquences de nos choix : telle est, selon lui, la condition pour que l’écologie retrouve toute sa cohérence.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Martin Rott
Entretien mené par : Paul Drion
Technique : Paul Drion

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