Alors que la désinformation gangrène le débat public, François Ernenwein, éditorialiste et ancien rédacteur en chef de La Croix, appelle à un sursaut collectif. Dans un éditorial diffusé cette semaine, dans le journal Réforme, il plaide pour une mobilisation active face à l’influence croissante des fake news, qu’il qualifie de « gros mensonges non polis ».
Crises géopolitiques, immigration, climat : aucun sujet n’échappe à la manipulation de l’information. Ernenwein cite notamment la guerre en Ukraine, l’offensive israélienne à Gaza, ou encore les tensions migratoires pour illustrer l’ampleur du phénomène.
« Ces contre-vérités empêchent un débat serein et retardent des solutions efficaces aux problèmes majeurs de notre temps », alerte-t-il.
Pour François Ernenwein, la montée des populismes repose largement sur ces narratifs falsifiés. Il dénonce des « solutions brutales, inadaptées et parfois contre-productives », qui ignorent l’aspiration universelle des peuples à la paix, à la concorde et à la coopération.
« Personne ne veut vivre dans un monde brutalisé », affirme-t-il, dénonçant un usage politique des fake news qui menace directement les libertés fondamentales.
Mais l’espoir subsiste. Ernenwein observe une prise de conscience croissante, illustrée par plusieurs exemples récents : la résistance à la politique migratoire de Donald Trump, les mobilisations face à la guerre à Gaza ou encore les élections en Roumanie et en Serbie, où des figures anti-corruption ont déjoué les pronostics populistes.
« Le monde n’est pas aussi naturellement prêt à subir les mensonges des extrêmes », soutient-il.
Il souligne également le rôle crucial de la coopération internationale, comme lors de la pandémie de Covid-19, où le partage des recherches a permis le développement rapide de vaccins.
Pour l’éditorialiste, la solution passe par une réhabilitation de la rationalité et du débat fondé sur des faits. Il cite à ce titre Najat Vallaud-Belkacem, qui appelait récemment à fonder les politiques migratoires sur « les chiffres, les faits et la science ».
Face aux discours biaisés sur des thématiques comme le « grand remplacement » ou le climatoscepticisme, François Ernenwein plaide pour une attitude plus offensive : « Il ne s’agit plus de subir, mais de démonter, point par point, les discours mensongers. »
Défendre l’État de droit
Enfin, François Ernenwein insiste sur la nécessité de défendre l’État de droit, qu’il considère comme un rempart essentiel face à la désinformation et à la dérive autoritaire de certains gouvernements. Il alerte : ce qui s’est passé aux États-Unis, en Hongrie ou en Italie pourrait très bien se reproduire en France ou ailleurs en Europe.
Loin d’un fatalisme ambiant, François Ernenwein estime qu’il est encore possible de contrecarrer la montée aux extrêmes. Mais cela implique un engagement fort des citoyens, des médias et des institutions, pour défendre la vérité, la justice et la démocratie.
« Les mobilisations citoyennes existent, elles sont fortes. Si nous n’entrons pas dans le débat, nous serons menacés », avertit-il.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : François Ernenwein
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Horizontal Pictures