Démographie, consommation, immigration : Martin Rott remet en cause les réponses écologiques dominantes
Pour clore cette série d’entretiens menée par Paul Drion, la question de la démographie est abordée comme un angle mort du débat écologique. Un terrain sensible, sur lequel Martin Rott avance un diagnostic sans détour : ni la baisse de la consommation, ni la transition technologique ne permettraient, à elles seules, d’enrayer le réchauffement climatique.
Premier constat : les pays où le PIB par habitant est le plus élevé sont aussi ceux où la fécondité est la plus basse. Pour l’intervenant, le confort matériel dépend avant tout de la productivité par personne, et non du nombre d’habitants. Or, réduire la consommation mondiale apparaît politiquement irréaliste. Dans les pays développés, la sobriété supposerait un changement profond des modes de vie — santé, éducation, armement — auquel les sociétés ne seraient pas prêtes, comme en témoigne la centralité persistante du pouvoir d’achat dans les débats politiques. Dans les pays émergents et pauvres, la priorité reste l’accès à un niveau de vie décent, excluant toute baisse volontaire de la consommation.
La technologie n’offre guère plus d’illusions. Selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie, la part des énergies fossiles resterait dominante à l’horizon 2050. Le coût de la transition, estimé en France à 80 milliards d’euros par an pour atteindre la neutralité carbone, semble hors de portée dans un contexte budgétaire déjà contraint.
C’est donc sur la démographie que Martin Rott concentre son raisonnement. Il critique le discours sur le « réarmement démographique », jugé incompatible avec une économie fondée sur la croissance. Selon lui, l’enjeu n’est pas le ratio actifs/inactifs, mais la productivité, d’autant que l’intelligence artificielle pourrait à la fois détruire des emplois et accroître la demande énergétique.
Ses propositions — réorientation des politiques familiales, maîtrise de la natalité, prudence accrue sur l’immigration — soulèvent toutefois de fortes controverses. En particulier lorsqu’il affirme que, du strict point de vue écologique, les migrations Sud-Nord aggraveraient l’empreinte carbone globale.
Pour réduire durablement la natalité mondiale, l’intervenant identifie enfin trois leviers éprouvés : un planning familial efficace, des systèmes de retraite sécurisant l’avenir, et surtout la scolarisation des jeunes filles. Des pistes connues, mais dont la mise en œuvre reste profondément politique — et éminemment débattue.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Martin Rott
Entretien mené par : Paul Drion
Technique : Paul Drion
