Union des droites : la digue est-elle en train de céder ?
Depuis plusieurs mois, un glissement profond travaille le paysage politique français. Pour le journaliste François Ernenwein, il ne s’agit plus d’hypothèses ou de signaux faibles : la convergence entre la droite parlementaire et l’extrême droite est désormais une dynamique structurante, même si elle reste largement implicite.
« Derrière les brumes et les enfumages se dessine un nouveau paysage politique. »
Rien n’est encore officiellement scellé, mais « derrière les brumes et les enfumages », un nouveau paysage se dessine. La droite classique et le Rassemblement national partagent aujourd’hui un socle idéologique de plus en plus commun : immigration, État de droit, environnement, fiscalité, sécurité. Sur ces sujets, les divergences se sont amenuisées au point que, selon François Ernenwein, « il n’y a plus l’épaisseur d’un papier à cigarette » entre certaines figures des Républicains et les cadres du RN. Dès lors, pourquoi ne pas assumer publiquement ce rapprochement ?
« Ce qui a changé dans la bataille culturelle, c’est que l’ensemble des médias Bolloré militent aujourd’hui explicitement pour un rapprochement entre la droite et l’extrême droite. »
Un facteur décisif explique cette accélération : la bataille culturelle. Les médias du groupe Bolloré, souligne le journaliste, militent désormais explicitement pour une union des droites, créant un climat intellectuel et médiatique qui rend ce rapprochement non seulement pensable, mais presque légitime. Cette évolution marque une rupture nette avec l’histoire de la droite parlementaire française, longtemps arc-boutée contre toute alliance avec l’extrême droite.
Le signal le plus frappant est venu récemment de Nicolas Sarkozy. Dans son dernier ouvrage, l’ancien président de la République plaide pour des alliances « sans exclusive ». Même s’il ne pèse plus directement dans le jeu électoral, il demeure une figure tutélaire pour la droite. Sa prise de position consacre symboliquement la fin d’un tabou.
« La rupture est totale avec toute l’histoire de la droite parlementaire française. »
Pour autant, cette stratégie est loin d’être unanime. La droite se trouve prise en étau entre le macronisme et le RN depuis 2012, privée d’accès au pouvoir national. Le rapprochement apparaît alors comme une tentative de desserrer cette contrainte. Mais François Ernenwein doute de son efficacité à long terme : elle risque surtout d’effacer l’identité propre de la droite républicaine.
« Le cordon sanitaire est en train de disparaître. »
« Il y a une stratégie consistant à diaboliser LFI pour, par contraste, blanchir le Rassemblement national. »
« Le Rassemblement national n’a pas intérêt à afficher le rapprochement : il pense pouvoir gagner seul. »
Pendant ce temps, le Rassemblement national avance avec prudence. En position de force électorale, il n’a aucun intérêt à afficher trop vite une alliance. Sa stratégie est plus subtile : infiltrer les municipales via des listes prétendument apolitiques, préparer les sénatoriales, et laisser s’effondrer, sans le provoquer frontalement, le cordon sanitaire et le front républicain. Les conséquences sont majeures : droite et extrême droite occupent désormais près des deux tiers du champ politique. Un bouleversement durable du paysage démocratique français.
« Droite et extrême droite occupent désormais près des deux tiers du champ politique. »
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : François Ernenwein
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Horizontal pictures
