“La culture, c’est un char tiré par vingt chevaux.”


La formule de Daniel Jean Valade dit tout d’un engagement de longue durée. Depuis les années 1980, l’adjoint à la culture de Nîmes accompagne les grandes mutations de la ville, aux côtés de deux figures majeures : Jean Bousquet et Jean-Paul Fournier.

Dans son bureau de la mairie, il retrace un parcours de plus de quarante ans au service de la culture :
“J’ai eu la chance d’être appelé en 1983. Depuis, je n’ai jamais cessé de m’intéresser à ce qui se passe dans cette ville.”


Une vision exigeante de la culture

Pour Daniel Jean Valade, la culture ne s’improvise pas. Elle se construit dans le temps long, dans la curiosité et dans l’engagement personnel :

“Je conseillerais à mes successeurs de ne pas s’intéresser à la culture le jour où ils sont élus, mais bien avant.”

Sa conception repose sur une exigence simple :
“Le meilleur pour tous, en tout domaine.”

Une ligne directrice qui a guidé de grands projets structurants : Carré d’Art, le musée de la Romanité, ou encore les médiathèques de quartier.
Autant de réalisations pensées simultanément, dans une logique de transformation globale :

“Si vous attendez d’avoir terminé un projet pour en commencer un autre, vous ne faites rien.”


Une ville transformée, mais des tensions persistantes

Si le centre-ville s’est profondément métamorphosé, Daniel Jean Valade reconnaît les défis persistants dans certains quartiers, notamment confrontés à la violence et au narcotrafic.

Mais il refuse toute lecture fragmentée de la ville :

“Je ne parle pas de quartiers. Toute ville est constituée de quartiers. Il ne faut pas créer de frontières.”

Face aux difficultés, il insiste sur la responsabilité collective : sécurité, éducation, cohésion sociale.


Tauromachie : une culture assumée

Sur un sujet plus polémique, celui de la tauromachie, Daniel Jean Valade assume une position claire :

“La tauromachie est une éminente forme de culture.”

Il la replace dans une histoire longue, méditerranéenne et artistique, qui traverse les siècles et les disciplines : littérature, peinture, architecture, musique.

Une vision qui s’oppose frontalement aux critiques contemporaines, mais qu’il revendique au nom de l’héritage culturel.


Le protestantisme nîmois : un recul… mais une présence

À Nîmes, souvent présentée comme une “Genève française”, le protestantisme a perdu en visibilité. Le nombre de pasteurs a diminué, les temples se sont vidés.

Daniel Jean Valade en fait le constat lucide :

“Je regrette qu’il n’y ait pas plus de pasteurs, que les temples ne soient pas plus remplis.”

Mais il nuance immédiatement :

“Nous sommes moins nombreux, mais nous sommes toujours présents.”

Pour lui, le protestantisme s’exprime aujourd’hui autrement :

“Peut-être est-il plus sociologique que rituel. Mais l’important, c’est qu’il soit là.”

Présent dans les sphères économiques, culturelles, intellectuelles, il continue de marquer la ville en profondeur.


Une mémoire vivante et un avenir à écrire

Au moment de refermer cette longue séquence d’engagement public, Daniel Jean Valade regarde en arrière sans nostalgie excessive, mais avec reconnaissance :

“J’ai eu la chance de faire des choses qui m’ont passionné.”

Et déjà, une nouvelle étape se dessine : écrire.

“J’ai une idée d’abécédaire… sur la ville, sur la vie, sur la vie de la ville.”


“Sola Scriptura”

En guise de conclusion, il lâche une formule inattendue, presque manifeste :

“Sola Scriptura.”

Une manière de rappeler, à l’heure du numérique et de l’instantané, que le livre, la pensée et la transmission restent essentiels.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Daniel-Jean Valade
Entretien mené par : Jean-Luc Mouton
Technique – Rédaction : Paul Drion, David Gonzalez