Quatre à cinq heures par jour sur TikTok : pour une partie des adolescents, les réseaux sociaux occupent une place centrale dans la vie quotidienne. Les mécanismes sont connus : notifications incessantes, défilement sans fin, contenus personnalisés par des algorithmes puissants. « Tout est fait pour nous rendre captifs », résume la chronique de Paul Drion.
Les conséquences ne sont pas anodines. Difficultés attentionnelles, incapacité à tolérer l’ennui, augmentation de symptômes anxieux ou dépressifs, fragilisation de l’estime de soi par la comparaison permanente, troubles du sommeil : pour certains jeunes, l’usage intensif devient problématique.
Longtemps, le droit est resté impuissant face aux algorithmes addictifs. Un tournant intervient en août 2023 avec l’adoption du Digital Services Act (DSA), qui responsabilise les grandes plateformes. Depuis, les actions se multiplient. En novembre 2024, un collectif de parents a assigné TikTok en justice après des suicides d’adolescents. En février 2026, la Commission européenne a mis en demeure la plateforme de modifier son algorithme, sous peine d’amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial.
En France, le président Emmanuel Macron plaide pour une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Mais pour Jean-Paul Santureau, psychologue clinicien spécialisé dans les usages numériques, la réponse ne peut être seulement binaire. « La maturité numérique s’acquiert progressivement », souligne-t-il.
Au-delà des lois, l’enjeu est éducatif. Couper les notifications, déplacer les applications hors de l’écran d’accueil, instaurer des routines alternatives : autant de gestes simples. Mais surtout, développer une véritable éducation aux médias, pour les jeunes comme pour les parents.
La bataille est juridique, politique, culturelle. Elle interroge la capacité de l’Europe à réguler les géants du numérique – et celle de nos sociétés à apprendre à habiter le monde connecté sans s’y perdre.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Réalisation : Paul Drion
La proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques liés aux réseaux sociaux, adoptée à l’Assemblée nationale le 27 janvier 2026, a été transmise au Sénat. Elle sera examinée en commission le 25 mars, avant un débat en séance publique le 31 mars.
