« Quand on est à la faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, nous avons cette conviction qu’il faut tenir ensemble exigences spirituelles et en même temps exigences intellectuelles. »
Cédric Eugène, doyen de la FLTE et professeur de Nouveau Testament

Le fonds Henri Blocher, un lieu de recherche et de dialogue

Avec la construction d’un nouveau bâtiment, la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine poursuit son développement. Ce futur espace accueillera notamment une médiathèque et le fonds de recherche Henri Blocher. Plus qu’un simple agrandissement, ce projet exprime une vision de la théologie comme travail de recherche, de transmission et de dialogue.

Pour Cédric Eugène, la médiathèque doit être un lieu vivant. « L’avantage d’une médiathèque, c’est que c’est par définition même un lieu de dialogue. C’est le lieu où on peut dialoguer avec ceux qui ont laissé sur quelques pages leurs pensées. » À travers les livres, la recherche ne se contente pas de conserver un héritage : elle fait vivre une conversation.

Le choix d’un fonds Henri Blocher n’a donc rien d’anodin. Le doyen rappelle qu’il fut « une figure majeure de l’histoire de la faculté de Vaux-sur-Seine et de l’évangélisme en France, et même dans l’espace francophone ». La faculté entend ainsi inscrire sa mémoire dans une dynamique d’avenir.

Une formation théologique fondée sur la rigueur académique

Interrogé sur ce qu’il entend par exigence académique, Cédric Eugène répond avec précision : « Lorsque nous parlons d’exigence académique, nous pensons à la maîtrise des outils, des méthodes d’exégèse, d’herméneutique, d’approches historiques, de linguistique, également au respect des normes et des exigences du travail universitaire, et au dialogue avec la recherche internationale. »

La formule dit l’essentiel. À Vaux-sur-Seine, la théologie ne relève ni de l’improvisation ni de la seule conviction personnelle. Elle demande une méthode, une discipline intellectuelle, un apprentissage des langues, des textes, des contextes et des débats scientifiques.

L’identité évangélique de la faculté ne dispense donc pas du travail critique. Elle ne constitue pas un refuge contre la recherche, mais un cadre à l’intérieur duquel celle-ci doit être assumée avec sérieux.

Une exigence spirituelle en lien avec les Églises et la société

La singularité de la FLTE tient au fait qu’elle refuse de dissocier radicalement vie intellectuelle et vie spirituelle. « Quand on est à la faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, nous avons cette conviction qu’il faut tenir ensemble exigences spirituelles et en même temps exigences intellectuelles. »

Mais cette exigence spirituelle ne se réduit pas à une simple identité confessionnelle. Pour le doyen, elle suppose d’être « en lien étroit avec la réalité des besoins des Églises, des œuvres chrétiennes et puis même de notre société tout simplement ».

Autrement dit, la théologie n’est pas conçue comme une discipline à part, éloignée des réalités concrètes. Elle doit demeurer attentive aux communautés croyantes, à leurs attentes, à leurs questions, mais aussi aux défis du temps présent.

Les temps communautaires vécus à la faculté participent de cette orientation. Qu’il s’agisse de temps de culte ou de temps d’écoute des Écritures, ils prolongent le travail intellectuel « dans une recherche de sens, une proposition de sens qui soit source de vie, de transformation intérieure, d’unité ».

La liberté académique au cœur du projet de Vaux-sur-Seine

L’un des points les plus importants de l’entretien concerne la liberté académique. Cédric Eugène la définit sans ambiguïté : « La liberté universitaire, académique, c’est le droit que tout professeur a d’étudier, de penser, d’enseigner librement, sans qu’il n’y ait une ingérence indue, qu’elle soit économique, institutionnelle ou d’un autre ordre, et ça nous y tenons. »

Dans une faculté confessionnelle, une telle affirmation a du poids. Elle montre que la liberté de recherche n’est pas pensée comme une concession périphérique, mais comme une condition essentielle du travail théologique.

Cette liberté vaut aussi dans le rapport aux Écritures. Le doyen le dit avec force : « Si on considère les Écritures comme autorité en matière de vie et de foi, c’est un devoir d’intégrité, d’honnêteté intellectuelle, mais aussi une démarche spirituelle que d’interroger nos formulations, notre compréhension des Écritures, les implications que nous en tirons. »

La phrase mérite d’être soulignée. Elle dit qu’interroger n’est pas trahir. Examiner les interprétations, revisiter les formulations reçues, rouvrir des débats théologiques peut relever d’une fidélité plus profonde à la vérité.

Historico-critique : une approche relue avec nuance

Sur les méthodes d’interprétation biblique, et notamment sur l’historico-critique, Cédric Eugène refuse les simplifications. « Aujourd’hui, plus personne ne pratique l’historico-critique comme on la pratiquait il y a quelques années, tous milieux confondus. »

Le constat est important. Il signifie que les débats ne peuvent plus être posés dans les termes anciens. Certains présupposés ont été abandonnés ; la recherche a évolué.

Pour autant, il ne s’agit pas de rejeter en bloc l’apport de l’historico-critique. Les approches historiques, notamment, conservent selon lui une réelle valeur pour la formation des étudiants comme pour le travail professoral.

L’exemple du corpus johannique l’illustre bien. À Vaux-sur-Seine, l’attribution traditionnelle à l’apôtre Jean peut être présentée sans empêcher la discussion d’autres hypothèses. L’enjeu n’est pas d’imposer une uniformité, mais d’exposer les étudiants à la recherche telle qu’elle se fait réellement, dans sa pluralité et ses débats.

Le pluralisme évangélique comme marque de la faculté

Autre trait fort de l’entretien : le pluralisme évangélique appartient à l’ADN de l’institution. « Le pluralisme évangélique, il est constitutif de ce qu’est la faculté. »

La FLTE se présente comme une faculté interdénominationnelle. Elle accueille des étudiants issus de sensibilités évangéliques variées, mais aussi des non-évangéliques. Cette diversité se retrouve également dans le corps professoral et les équipes administratives.

Pour le doyen, cette pluralité n’est pas un problème à contenir, mais une richesse à travailler. Elle introduit des tensions, parfois, mais des tensions qui peuvent devenir fécondes lorsqu’elles ouvrent un véritable dialogue théologique.

Une mémoire de paix et de réconciliation

Cette diversité s’inscrit aussi dans une histoire théologique particulière. Cédric Eugène reconnaît la trace laissée par Neil Blough, professeur émérite, dans le domaine d’une théologie de la réconciliation et de la paix. « Il y a une trace laissée […] qui ne disparaîtra pas de sitôt. J’espère bien qu’elle ne disparaîtra jamais. »

Cette mémoire continue d’imprégner la faculté. Elle rappelle l’importance de l’Évangile comme récit de paix et donne à l’institution un accent particulier dans un monde marqué par les fractures et les conflits.

Une faculté ouverte au monde académique francophone

L’entretien souligne enfin la volonté de la FLTE de rester en dialogue avec d’autres facultés, d’autres réseaux de recherche et d’autres institutions théologiques, en France comme à l’étranger. Cédric Eugène évoque des coopérations avec la Suisse, la Belgique, l’Afrique francophone, ainsi que des participations à des projets de traduction biblique et à des réseaux académiques.

« Les contacts sont non seulement réels, mais ils sont voulus, désirés, appréciés, entretenus, nourris. » Cette ouverture fait partie intégrante du projet de Vaux-sur-Seine : assumer un ancrage évangélique sans se couper de la recherche théologique au sens large.

Une ambition théologique pour aujourd’hui

Au fil de cet entretien, Cédric Eugène dessine une vision claire de la faculté de Vaux-sur-Seine. Ni forteresse confessionnelle, ni simple centre académique détaché des communautés croyantes, la FLTE veut être un lieu où se rencontrent rigueur scientifique, liberté intellectuelle, vie spirituelle, pluralisme et service des Églises.

À travers la création du fonds Henri Blocher, elle réaffirme ainsi une ambition nette : former des femmes et des hommes capables de travailler les textes avec sérieux, d’assumer la recherche contemporaine et de demeurer en prise avec les réalités ecclésiales et humaines.

« Il faut garder cette tension féconde, à la fois entre la nécessité d’une reconnaissance académique — c’est important — mais en même temps, cela ne doit pas faire oublier que l’une des missions, peut-être la première mission de la faculté, c’est d’être en lien direct avec les Églises, les œuvres, leurs préoccupations premières et bien réelles. »

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Cédric Eugène
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Horizontal Pictures