« Ce qui m’étonne le plus, c’est la soif spirituelle des jeunes professionnels : ils cherchent un sens, des relations solides, et comptent sur l’Église pour trouver des amis sérieux. »

À Copenhague, la soif spirituelle des jeunes francophones surprend l’Église

Dans un Danemark largement sécularisé, où la pratique religieuse dominicale est devenue marginale, une réalité inattendue émerge. À Copenhague, l’aumônier catholique des francophones Jérôme de la Roulière observe depuis trois ans un phénomène qui bouscule bien des idées reçues : une quête spirituelle vive chez de jeunes professionnels, souvent célibataires, hautement qualifiés, et en recherche de sens autant que de relations solides.

Arrivé au Danemark après plus de vingt-cinq ans de ministère en France, Jérôme de la Roulière découvre un autre rapport au religieux. Ici, le catholicisme ne représente qu’environ 1 % de la population, dans un pays historiquement luthérien. Cette position minoritaire transforme en profondeur le dialogue œcuménique : « On n’échange pas de la même manière quand on est majoritaire ou quand on ne l’est pas », constate-t-il. Une expérience qui l’amène, dit-il, à mieux comprendre ce que vivent les protestants en France.

Une intériorité très marquée

La société danoise, explique l’aumônier, accorde une place centrale à l’intériorité. La foi y est rarement affichée ; elle se vit dans la pudeur, le silence, et une relation étroite à la nature. La nuit qui tombe tôt, les longs hivers, incitent à « habiter son intérieur », à se créer des espaces de paix. Cette culture rejoint profondément la prière personnelle catholique et nourrit sa propre spiritualité.

Dans ce contexte, Jérôme de la Roulière participe régulièrement aux offices luthériens, notamment à la cathédrale, et s’inspire d’une liturgie sobre mais exigeante. Il souligne aussi la créativité pastorale des Églises danoises : baptêmes célébrés sans formalisme excessif, cultes en anglais pour les migrants, offices spécifiques pour les personnes endeuillées par un suicide. Autant de réponses concrètes à des attentes spirituelles très contemporaines.

Une Église minoritaire mais active

Si la pratique dominicale reste faible, les communautés ne sont pas figées. Les paroisses danoises, bien organisées, continuent de tenir à un héritage qu’elles souhaitent rendre vivant : musique de qualité, accueil soigné, actions sociales. Pour l’aumônier, les enjeux théologiques sont largement partagés entre catholiques et protestants : annoncer l’Évangile dans une société sécularisée, sans nostalgie ni repli.

Une nouvelle génération en quête de sens

Ce qui frappe le plus Jérôme de la Roulière, c’est l’évolution des communautés francophones à l’étranger. Aux expatriés installés de longue date succèdent désormais de jeunes actifs venus chercher un premier emploi. Beaucoup s’adressent à l’Église pour trouver des repères, des amitiés fiables, parfois même via les réseaux sociaux. Leur culture religieuse est fragmentée, nourrie autant par Internet que par une réelle soif spirituelle. « C’est une nouvelle pastorale », affirme-t-il, qui pose aussi des questions urgentes aux Églises en France.

À Copenhague, cette quête discrète mais réelle rappelle une évidence : même dans les sociétés les plus sécularisées, le désir de sens et de spiritualité ne disparaît pas. Il change simplement de visage.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Jérôme de la Roulière
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Alban Robert

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