Comment mesure-t-on la réussite d’une paroisse ? Le nombre de baptêmes, de confirmations, la fréquentation au culte, l’audience des célébrations diffusées en ligne ? Pour Phoebe Woods, pasteure stagiaire passée par l’industrie du luxe avant le ministère, ces indicateurs existent — mais ils ne disent pas tout.

« Le nombre de baptêmes, de confirmations, ce sont des marqueurs quantifiables d’une paroisse qui fonctionne bien », reconnaît-elle. Pourtant, l’essentiel échappe aux tableaux de bord. « L’Église, c’est du relationnel. Comment est-ce qu’on quantifie cela ? »

« Il y a des réussites qui sont quantifiables : la fréquentation au culte, le nombre de baptêmes ou de confirmations. Mais l’Église, c’est du relationnel. Comment est-ce qu’on quantifie cela ? Le cheminement spirituel et la relation à la personne ne sont pas objectivement mesurables. »

Son parcours en entreprise lui a appris la rigueur, l’efficacité, la gestion d’équipe et la conduite de projets. Des outils utiles pour animer une communauté, organiser des activités ou assurer la pérennité financière d’une paroisse. Mais elle met en garde contre une confusion : « L’Église n’est pas une entreprise. Son objectif n’est pas de faire du chiffre, ni d’être une success story. »

À Paris, à l’Église de l’Étoile, elle observe ce qui fait la vitalité d’une communauté historique : une liturgie assumée, une vision claire, une cohérence dans l’annonce. Mais au-delà des chiffres, la réussite se joue ailleurs. Dans un accompagnement discret. Dans une parole qui touche et déplace. Dans un cheminement spirituel invisible.

« Peut-on dire qu’un accompagnement a réussi ? C’est une grande question. On chemine avec les gens, mais il n’y a pas que nous qui œuvrons. »

Dans une société obsédée par les résultats, Phoebe Woods défend une « autre économie » : celle du Royaume, faite de petites semences, de lenteur, parfois d’échecs féconds. L’Église doit certes être organisée. Mais sa vraie question n’est peut-être pas : sommes-nous efficaces ? Plutôt : sommes-nous authentiquement touchés par l’Évangile que nous annonçons ?

La croissance peut se compter. La foi, elle, se reçoit – et se vit.

« Dans une société qui fonctionne selon le résultat, nous annonçons une autre économie : celle des petites choses, de la semence qui germe parfois malgré nous, des échecs même, avec lesquels Dieu travaille. »

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Phoebe Woods
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Paul Drion, Horizontal pictures