Pourquoi la Bible catholique n’a-t-elle pas le même nombre de livres que la Bible protestante ? Pourquoi existe-t-il plusieurs Bibles différentes ?
Si vous ouvrez une Bible catholique, vous y trouverez 73 livres. Dans une Bible protestante, il n’y en a plus que 66 : sept livres en moins. Pour comprendre, il faut remonter à la fin du Ier siècle. Les rabbins considèrent alors que la prophétie s’est arrêtée avec le prophète Malachie et écartent plusieurs écrits plus tardifs, comme les Maccabées, Tobie ou le Siracide. L’Église catholique les reconnaît comme faisant partie d’un second canon, dit deutérocanonique. Les protestants, s’appuyant sur saint Jérôme, le grand traducteur de la Bible en latin, les classent comme apocryphes : utiles à la lecture, mais insuffisants pour fonder des doctrines.
La lecture de la Bible par Martin Luther
Au XVIᵉ siècle, Martin Luther relit la Bible à la lumière de l’apôtre Paul : le salut dépend uniquement de la grâce de Dieu, non des œuvres humaines. Il critique alors les livres qui semblent contredire cette conviction et rejette les traditions qui s’y appuient, comme la prière pour les morts, le purgatoire ou l’idée que les bonnes actions méritent le pardon. Jusqu’au XIXᵉ siècle, les protestants conservent pourtant ces sept livres, mais comme des textes bons à lire, sans autorité doctrinale.
Qumrân, une découverte majeure
En réaction, l’Église catholique fixe définitivement la liste des livres bibliques au concile de Trente, sous peine d’anathème. Dans les années 1950, une découverte majeure relance le débat : à Qumrân, en Jordanie, des manuscrits en hébreu et en araméen montrent que plusieurs de ces livres circulaient dans le judaïsme ancien, parfois avec une véritable autorité. Cela ne tranche pas tout. Là où les catholiques valorisent l’usage des premiers chrétiens, les protestants adoptent une position plus prudente et plus restrictive. Une chose est certaine : ces sept livres sont indispensables pour comprendre le Nouveau Testament. Les Maccabées éclairent le contexte politique de la Judée, la Sagesse et le Siracide aident à comprendre le Logos de l’Évangile de Jean, et Paul lui-même reprend des thèmes issus de ces écrits. Ils témoignent surtout de la grande diversité du judaïsme ancien, au cœur duquel le christianisme est né.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Journaliste : Raphaël Georgy
Réalisation : Alban Robert
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