L’évangile du dimanche du 11 janvier (Matthieu 3. 13-17)

Le livre des Actes du dimanche 11 janvier (Actes 10.34-38)

Dieu n’est pas partial

Le contexte – Le livre des Actes 

Nous avons vu la semaine dernière que la première grande question qui s’est posée à l’Église primitive a été la place des non-juifs en son sein. Pour les accueillir, il a fallu abattre les murs de séparation entre les juifs et les non juif. Dans le livre des Actes des Apôtres, le récit de la venue de Pierre chez Corneille nous aide à prendre conscience de l’épaisseur de ces murs.

L’histoire est la suivante. Corneille est un centurion romain qui reçoit la visite d’un ange qui lui demande de faire venir Pierre qui se trouvait alors à Joppé car ce dernier avait quelque chose à lui dire. Pendant que Corneille envoie donc des serviteurs pour chercher Pierre, l’apôtre a une vision dans laquelle il voit un drap avec des animaux impurs et une voix qui lui dit : abats et mange ! Pierre répond qu’il n’a jamais rien mangé d’impur et la voix a précisé : Ce que Dieu a purifié, toi, ne le souille pas ! Pierre se demande quel est le sens de cette vision lorsque les serviteurs envoyés par Corneille frappent à la porte de la maison et l’Esprit lui dit de les suivre pour avoir l’explication de sa vision.

Si nous résumons, il a fallu trois interventions de l’Esprit (un ange envoyé chez Corneille, une vision envoyée à Pierre et une interprétation de cette vision) pour que Pierre mette les pieds chez Corneille. Et ce dernier n’était pas un païen, mais un homme qui était pieux et craignait Dieu ; il faisait beaucoup d’actes de compassion en faveur du peuple et priait Dieu constamment.

Que dit le texte ? – Jésus faisait le bien partout

Arrivé chez Corneille, Pierre annonce l’Évangile en commençant par partager ce qu’il a compris de l’enchaînement des événements qui l’ont conduit chez le centurion : Je comprends que Dieu n’est pas partial, mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice est agréé de lui.

La vision du drap et des animaux impurs l’ont conduit à une vraie conversion pour changer son regard sur les non-juifs. Il a alors mieux compris qui était le Christ qu’il servait : Là où il passait, il faisait du bien et guérissait tous ceux qui étaient opprimés par le diable ; car Dieu était avec lui.

Le Christ des évangiles n’est pas un Dieu qui sépare les humains entre les purs et les impurs, c’est un Dieu dont le seul but est de faire le bien et qui appelle les humains à le craindre – c’est-à-dire à prendre sa parole au sérieux – et )à pratiquer la justice. 

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le baptême de Jésus

Quand Jésus a été baptisé, une colombe est descendue vers lui et une voix a retenti des cieux en disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; c’est en lui que j’ai pris plaisir

Cette manifestation de Dieu a été donnée pour les hommes et des femmes qui étaient là ce jour-là pour les assurer que le Christ qui n’a cessé de faire le bien, de guérir et d’accueillir les marginaux est bien le Fils bien-aimé du père.

Il a fallu plusieurs conversions aux disciples et aux hommes du Nouveau Testament pour accueillir cette nouvelle compréhension de Dieu, comme pour nous aujourd’hui. Il nous faut toujours évangéliser notre compréhension de Dieu pour accueillir le Christ des évangiles et non celui de nos idées ou de nos illusions !

Le livre d’Esaïe du dimanche 11 janvier (Esaïe 42.1-7)

Le serviteur du Seigneur

Le contexte – Le livre d’Ésaïe 

La deuxième partie du livre d’Ésaïe correspond à la période de l’exil qui a été un temps d’épreuve, mais aussi de reconfiguration spirituelle. Avant l’exil, Dieu était celui qui avait permis aux enfants d’Abraham de devenir un peuple avec une terre et un roi. Jérusalem était le symbole de sa liberté et le temple le lieu où l’on pouvait trouver Dieu en lui offrant des sacrifices.

Lorsque le peuple a été déporté à Babylone, il a perdu sa liberté, sa terre et son temple, ce qui l’a conduit à un changement radical de sa compréhension de Dieu. La deuxième partie du livre d’Ésaïe est un témoignage de cette reconfiguration lorsqu’il évoque le serviteur du Seigneur non plus sous les traits d’un roi selon le modèle messianique d’un nouveau David, mais sous les traits d’un serviteur qui se manifeste dans l’humilité et dans la bienveillance dans le premier chant et qui ira jusqu’à être le serviteur souffrant et méprisé dans le quatrième chant, mais dont la souffrance rachète les péchés des autres.

Que dit le texte ? – Le serviteur du Seigneur

Nous pouvons souligner trois points dans ce premier chant du Serviteur.

Il ne brisera pas le roseau qui ploie. En exil, le peuple peut se sentir écrasé, il se sent opprimé et risque de se rompre. C’est à ce moment que le Seigneur fait de cette faiblesse une force en déclarant que la fidélité peut se vivre dans l’épreuve et malgré l’épreuve. C’est une nouvelle compréhension de Dieu qui émerge dans ces chants.

Il ne criera pas, il n’élèvera pas la voix. Contre une veine qui dit que Dieu se révèle dans le bruit et la fureur, le deuxième Ésaïe présente un serviteur qui se révèle dans le murmure et la douceur. Nous retrouvons l’image du Dieu qui s’est révélé à Élie ni dans le vent violent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans le murmure d’un souffle ténu.

Je te préserve pour faire de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations. Ce Dieu qui se révèle dans la bonté et le murmure sera néanmoins une lumière pour les nations. Un jour tous les humains reconnaîtront que c’est lui le Dieu créateur du ciel et de la terre. Ce jour-là les yeux des aveugles s’ouvriront.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le baptême de Jésus

Le récit du baptême de Jésus repose sur un quiproquo. Jean a l’image d’un Jésus justicier, il annonce un juge qui purifiera la terre : Il a sa fourche à la main, il nettoiera son aire, il recueillera son blé dans la grange, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint pas (Mt 3.12). Celui qui vient pour se faire baptiser par lui n’endosse pas l’image messianique de son baptiseur, mais il se présente comme un humble serviteur à l’image du portrait annoncé par Ésaïe.

Cette opposition se manifestera dans le passage qui suit qui évoque la tentation de Jésus. Le diable essayera de la conduire à se manifester par le miracle et le spectaculaire, mais Jésus ne veut pas assumer une autre image messianique que celle du serviteur.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenants : Antoine Nouis, Amos-Raphaël Ngoua Mouri