L’évangile du dimanche du 18 janvier (Jean 1. 29-34)
L’agneau de Dieu
Introduction
Le prologue du quatrième évangile dit que le Parole a été faite chair et qu’elle a fait sa demeure parmi les humains. Les paroles du Baptiseur à propos de Jésus précisent le but de l’incarnation. Jésus est l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. La parole a été faite chair pour que le monde soit pardonné.
Points d’exégèse
Attention sur deux points.
L’agneau et la colombe
Deux animaux sont convoqués dans ce passage pour parler de Dieu. Jésus est l’agneau de Dieu et l’Esprit est comme une colombe. Ces deux animaux ont en commun d’être doux et pacifiques et d’être utilisés pour les sacrifices, pour rendre un culte à Dieu
Dans les autres évangiles, Jean parle de Jésus comme d’un justicier qui fait le tri entre le bon grain qui doit être conservé et la paille qui est brûlée, dans cet évangile, le Baptiseur en parle comme d’un agneau qui a reçu un esprit de colombe.
Je ne le connaissais pas
Jean annonce que Jésus est l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, pourtant à deux reprises dans notre texte il dit aussi dit qu’il ne le connaissait pas. Il a reconnu Jésus qui l’a envoyé et il l’a baptisé, pourtant il ne le connaissait pas.
Le verbe connaître est aussi utilisé pour la relation intime. Il ne s’agit pas d’une vague connaissance, mais d’une connaissance profonde. Chouraqui a traduit je ne le pénétrais pas. Jean a pleinement reconnu Jésus lorsqu’il a compris qu’il était celui qui ôte le péché du monde.
Pistes d’actualisation
1er thème : Un Christ qui nous entoure
Le Baptiseur dit de Jésus qu’il était derrière lui et qu’il est devant lui (v.30, déjà au v.15). Cette affirmation correspond à une expérience spirituelle. Une définition de la foi consiste à croire que notre vie est précédée par le désir de Dieu, qu’elle est accompagnée par sa parole et qu’elle s’achève dans son amour. C’est ce que disait Paul lorsqu’il invitait les Éphésiens à comprendre quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur de l’amour du Christ (Ep 3.18-19).
Un texte liturgique de bénédiction dit : « Dans son amour et sa miséricorde, que Dieu te bénisse et qu’il te garde. Il marche devant toi pour te montrer le chemin. Il est derrière toi pour prendre soin de toi si tu t’égares. Il est au-dessus de toi pour t’abriter dans la tempête. Il est au-dessous de toi pour te rattraper si tu tombes. Il est autour de toi pour te réchauffer quand tu auras froid. »
2e thème : L’agneau qui ôte le péché du monde
Le Christ est l’agneau qui ôte le péché du monde. Dans le prologue de l’évangile, le mot monde n’évoque pas le monde qui croit, mais le monde rebelle : La parole était dans le monde… mais le monde ne l’a jamais connue (v.10). Jésus est l’agneau qui est venu pour pardonner ses amis et ses ennemis, ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, ceux qui l’accueillent et ceux qui le rejettent.
La grande nouvelle de l’Évangile, c’est que le pardon de Dieu n’est pas une décision de sa part, c’est un acte qui a été posé. Depuis que Jésus est venu dans le monde, rien ne pourra empêcher que le monde soit pardonné.
3e thème : Le Père, l’agneau et la colombe
Ce passage a été relu dans une perspective trinitaire en disant de Jésus qu’il baptise dans l’Esprit saint (v.33) et qu’il est le Fils de Dieu (v.34). C’est une Trinité composée, d’un Père, d’un agneau et d’une colombe.
Nous avons besoin de convertir notre approche de Dieu pour le comprendre sous la forme d’un père qui prend soin de ses enfants, d’un agneau sacrifié pour le monde et d’une colombe qui apporte la paix. C’est ce Dieu-là que les évangiles nous annoncent.
Une illustration : L’agneau dans le Premier Testament
L’image de l’agneau peut renvoyer à l’agneau pascal qui protège les Hébreux. Les propos du Baptiseur suggèrent une image messianique. Parmi les modèles messianiques disponibles, Jean évoque celui présenté dans les chants du serviteur d’Ésaïe : Il était transpercé à cause de nos transgressions, écrasé à cause de nos fautes ; la correction qui nous vaut la paix est tombée sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous avons été guéris. Nous étions tous errants comme du petit bétail, chacun suivait sa propre voie ; et le Seigneur a fait venir sur lui notre faute à tous. Maltraité, affligé, il n’a pas ouvert la bouche ; semblable au mouton qu’on mène à l’abattoir, à une brebis muette devant ceux qui la tondent, il n’a pas ouvert la bouche (Es 53.3-7).
Le livre des Actes du dimanche 18 janvier (1 Corinthiens 1.1-3)
Paul, apôtre par la volonté de Dieu
Le contexte – La première épître aux Corinthiens
Paul est le fondateur de l’Église de Corinthe. Le livre des Actes raconte que lors de son premier passage dans cette ville, il a eu une vision dans laquelle le Seigneur lui a dit : N’aie pas peur ! Parle, ne te tais pas… j’ai un peuple nombreux dans cette ville (Ac 18.9-10). Il est resté dix-huit mois à Corinthe et, quand il est parti, il a laissé derrière lui une communauté organisée. Très vite, il a appris que les dirigeants de l’Église ont été dépassés par des questions de doctrine qui ont provoqué des divisions dans l’Église, certains se déclarant de Paul, d’autres de Pierre, d’autres d’Apollos et d’autres enfin du Christ car il y a toujours ceux qui veulent former le clan de ceux qui sont au-dessus des clans.
Paul écrit à cette communauté pour les aider à dépasser leurs différends, et pour cela il commence par se mettre sous l’autorité de celui qui l’a appelé à être apôtre.
Que dit le texte ? – Paul l’apôtre à l’Église de Dieu
Dans l’introduction de sa lettre, Paul élève le regard de ses interlocuteurs en se présentant comme apôtre par la volonté de Dieu et en leur rappelant qu’ils sont l’Église de Dieu.
Paul, apôtre de Jésus-Christ par appel, par la volonté de Dieu. Le mot apôtre signifie « celui qui est envoyé ». Le début des Actes des Apôtres réserve ce titre aux Douze. Le remplacement de Judas par Matthias manifeste le souci d’accorder une autorité particulière aux disciples qui portent ce titre. Paul a une vision différente, pour lui l’apostolat ne dépend pas d’une décision humaine, mais d’un appel de Dieu.
À L’Église de Dieu qui est à Corinthe, la suite de l’épître montrera que cette Église est traversée par des divisions et connaît des scandales… les problèmes qu’elle traverse ne l’empêchent pas d’être l’Église de Dieu. Paul souligne la dignité de ses interlocuteurs pour les appeler à devenir ce qu’ils sont déjà.
Grâce et paix à vous de la part de Dieu, notre Père, et du Seigneur Jésus-Christ. Cette formule est une salutation habituelle, mais nous devons entendre ce qu’elle signifie au-delà de l’habitude. Tout ce dont a besoin l’Église de Corinthe, tout ce dont nous avons besoin, c’est de grâce et de paix.
Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Jésus agneau de Dieu
Paul commence son épître par l’essentiel : il est apôtre par la volonté de Dieu et l’Église de Corinthe est l’Église de Dieu malgré ses divisions et ses déviations. C’est en rappelant les fondements qu’il s’adresse aux Corinthiens.
Dans la même veine, les versets de l’Évangile de Jean rappellent les fondements de la Bonne nouvelle : Jésus est l’agneau de Dieu et il est celui qui baptise dans l’Esprit.
Jésus est l’agneau de Dieu : c’est en mourant comme un agneau qu’il est devenu Christ. Il est celui qui nous donne l’Esprit qui assure à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu et que nous sommes appelés à former l’Église de Dieu.
Le livre d’Esaïe du dimanche 18 janvier (Esaïe 49.3-6)
La fatigue du serviteur
Le contexte – Le livre d’Ésaïe
La deuxième partie du livre d’Ésaïe est organisée autour des quatre chants du serviteurs qui opèrent une déconstruction de la présence de Dieu auprès de son peuple.
La semaine dernière, nous avons médité le premier chant qui parle d’un serviteur qui se révèle dans l’humilité : Il ne criera pas, il n’élèvera pas la voix… Il ne brisera pas le roseau qui ploie, il n’éteindra pas la mèche qui vacille. Ce modèle correspond à la situation du peuple en exil qui se pose la question de la présence de Dieu quand l’histoire s’effondre et que les piliers sur lesquels reposait son identité (un roi, une terre, un temple) ont été abattus.
Cette vision d’un serviteur qui se manifeste dans la simplicité est belle, mais comment peut-elle apporter une espérance à un peuple menacé de déliquescence ?
Que dit le texte ? – Dialogue entre le serviteur et son Seigneur
Les quelques versets de ce dimanche se présentent comme un dialogue entre le serviteur et son Seigneur.
Le Seigneur commence par affirmer qu’il montre sa splendeur dans son serviteur. La splendeur de Dieu se manifeste lorsque ses serviteurs sont dans la sobriété et l’humilité.
Le serviteur lui répond que cette posture n’est pas très « efficace » : C’est pour rien que je me suis fatigué, c’est pour le chaos, la futilité, que j’ai épuisé ma force. On sent le serviteur menacé par le découragement. Il a le sentiment que la méthode douce qu’il utilise n’est pas très efficace. Quand il est menacé par le non-sens, il se souvient de sa vocation : le Seigneur est celui qui l’a façonné depuis le ventre de sa mère.
Le Seigneur le confirme dans cette posture en déclarant à son serviteur : j’ai fait de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. Le serviteur pensait qu’il s’était fatigué pour rien, le Seigneur lui a répondu qu’il a été un agent de son salut.
Ce passage d’Ésaïe nous appelle à assumer notre vocation dans la fidélité. Les fruits de nos paroles et de notre posture ne nous appartiennent pas.
Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Jésus agneau de Dieu
En désignant Jésus comme l’agneau de Dieu, Jean creuse le sillon du serviteur qui se révèle dans l’humilité. L’agneau est un symbole de douceur et de fragilité, c’est aussi un animal sacrifié lors des cérémonies. Jésus poussera jusqu’au bout ce signe du serviteur qui se révèle dans la non-puissance en étant crucifié comme les agneaux sont sacrifiés.
Nous avons toujours besoin de convertir notre compréhension de Dieu pour entendre que c’est en étant rejeté que le Christ a été une lumière pour les nations.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis
