Le retour vers Dieu

Le contexte – Le livre de Sophonie
Sophonie a prophétisé sous le règne de Josias qui a régné entre 641 et 610 avant notre ère, ce qui correspond à la fin de l’empire assyrien. Les commentaires pensent que ses propos ont préparé et accompagné la grande réforme religieuse que le roi a entreprise à partir de la dix-huitième année de
son règne (2 R 22.3).
Le prophète annonce le jugement de Dieu sur Jérusalem et sur Juda qui aura lieu quelques décennies plus tard, mais il annonce aussi un nouveau recommencement de Dieu avec son peuple.


Que dit le texte ? – La quête des humbles


Le premier verset est un appel aux humbles qui, à la différence des impudiques des versets précédents, cherchent le Seigneur. Aux humbles, le prophète demande de cultiver l’humilité qui est la première vertu chrétienne.
Saint-Augustin a écrit que les trois vertus chrétiennes sont l’humilité, l’humilité et l’humilité. Le humble sait qu’il ne sait pas, il écoute. Parce qu’il écoute, Dieu est proche de lui si on en croit le cantique de Marie : Il a dispersé ceux qui avaient des pensées orgueilleuses, il a fait descendre les puissants de
leurs trônes, élevé les humbles, rassasié de biens les affamés, renvoyé les riches les mains vides (Lc 1.51-53).
Dans ce passage, les temps messianiques ne sont pas marqués par le triomphe d’un peuple fort, mais par le rassemblement d’un peuple faible qui trouve un abri dans le nom du Seigneur. Quand l’apôtre Paul a demandé à Dieu la guérison pour être plus fort, ce dernier lui a répondu : Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. L’apôtre a alors écrit : Je mettrai donc bien plus volontiers ma fierté dans mes faiblesses, pour que la puissance du Christ repose sur moi (2 Co 12.9).

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Les béatitudes

Dans cette période trouble de la fin du royaume de Juda et de l’exil des Judéens à Babylone, une autre image de Dieu s’est forgée, non pas un Dieu qui protège de toutes les menaces de la vie et qui fait aller de victoire en victoire, mais un Dieu qui vient se nicher dans les faiblesses et les fragilités de ses enfants.

Cette compréhension de Dieu a été formalisée dans le récit des béatitudes qui montrent un chemin de fécondité qui passe par la pauvreté intérieure, les larmes, la quête de justice, et la recherche de la paix.
Ce renversement est au fondement de l’Évangile et de la crédibilité de l’Église si on en croit cette prophétie du théologien Jürgen Moltmann : « C’est l’autorité reconnue au Sermon sur la montagne et sa mise en pratique qui détermineront si, dans les sociétés occidentales, le christianisme deviendra une religion bourgeoise qui n’exige plus rien et qui ne console personne, ou s’il constituera une communauté qui confesse le Christ et qui le suit, lui seul et totalement. »

Le choix de Dieu

Le contexte – La première épître aux Corinthiens
L’Église de Corinthe est confrontée à des problèmes de divisions. Au lieu de faire appel à la sagesse des Corinthiens pour les inviter à dépasser leurs querelles, Paul opère un contre-pied en parlant de la folie de Dieu. Dieu n’est pas venu dans le monde pour apporter une sagesse supérieure qui serait plus sage que la sagesse des humains, mais par une contre-sagesse radicale : qu’y a-t-il de plus fou, de plus absurde que de penser qu’on puisse vaincre en étant faible, qu’on puisse convaincre en étant méprisé ?
Si Dieu a vécu le paradoxe de venir dans le monde dans la faiblesse et la folie, nous devons reconsidérer notre façon d’être au monde et particulièrement dans notre vie d’Église. Les questions d’unité doivent être abordées à partir de ce principe.

Que dit le texte ? – Dieu a choisi ce qui est fou et ceux qu’on méprise
La folie de la croix fait écho à la composition de la communauté de Corinthe qui ne comporte pas beaucoup de gens importants. « Cela reste une expérience d’une incomparable valeur que nous avons appris à voir les grands événements de l’histoire du monde à partir d’en bas, de la perspective des
exclus, des suspects, des maltraités, des sans-pouvoirs, des opprimés, des bafoués » (Bonhoeffer).
Paul ne dit pas que l’Évangile ne parle jamais aux grands et aux riches, il dit qu’il n’y en a pas beaucoup dans l’Église de Corinthe… peut-être parce que la folie de la croix est plus difficile à appréhender pour ceux qui sont installés et qui sont riches en sagesse et en considération.
À ceux qui ne sont ni sages, ni puissants, ni nobles, Paul rappelle qu’ils ont été appelés, que leur vie est précieuse, leur histoire sainte. Nous retrouvons la prière de Jésus : Je te célèbre, Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux gens intelligents, et que tu les as
révélées aux tout-petits (Mt 11.25).

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Les béatitudes


Le renversement paradoxal de la folie de Dieu se trouve particulièrement évoqué dans le récit des béatitudes. C’est une folie de croire que les humble hériteront la terre et que le royaume de Dieu appartient aux pauvres en esprit. C’est une folie de croire qu’on peut se réjouir et être transporté d’allégresse lorsqu’on est insulté, persécuté et calomnié, mais c’est la folie d’un Dieu qui est venu dans le monde pour mourir sur une croix.
Cette folie fonde la foi chrétienne. Avec le récit des béatitudes on peut dire : Heureux celui qui choisit ce chemin, il sera méprisé par les humains, mais il sera grand devant Dieu.

Antoine Nouis

Pour prolonger la lecture des béatitudes, la série The Chosen en propose une incarnation sensible et concrète. Une autre manière d’entrer dans la radicalité de cette parole évangélique.