L’évangile du dimanche du 25 janvier (Matthieu 4. 11-23)

En Galilée, tout commence loin des centres du pouvoir religieux. Selon le récit de l’évangile de Matthieu, c’est après l’arrestation de Jean le Baptiste que Jésus entre en scène. Pas à Jérusalem, mais au nord, dans cette province jugée périphérique et suspecte. Jésus quitte Nazareth et s’installe à Capharnaüm, ville portuaire marquée par le brassage des peuples et la présence romaine. Un choix géographique lourd de sens : le message naît en marge.

Matthieu y voit l’accomplissement d’une ancienne promesse du prophète Ésaïe : « Le peuple assis dans les ténèbres a vu une grande lumière. » Dans cette Galilée dite « des nations », Jésus lance sa première proclamation publique : « Changez radicalement, car le règne des cieux s’est approché. » Les mots sont les mêmes que ceux de Jean. Mais le ton change. Il ne s’agit plus de redouter un jugement imminent, mais d’accueillir une présence qui se rend proche.

Très vite, le message devient concret. Sur le rivage, Jésus appelle quatre pêcheurs : Simon Pierre et André, puis Jacques et Jean. Des hommes ordinaires, travailleurs de la mer, sans prestige religieux. Ils laissent leurs filets, leur barque, parfois même leur père, et suivent cet homme qui les invite à devenir « pêcheurs d’humains ». Le mouvement est lancé.

Dès lors, Jésus parcourt la Galilée : il enseigne dans les synagogues, annonce la Bonne Nouvelle et soigne les malades. Le cœur de son action repose sur une idée simple : la transformation. Une conversion qui n’est pas réservée à une élite, mais proposée à tous, à travers des vies ordinaires.

Ce choix des marges et des humbles marque durablement l’histoire chrétienne. De disciple en disciple, ce message se diffusera jusqu’au cœur de l’Empire romain. Une dynamique qui interroge encore aujourd’hui : le changement commence ici et maintenant, par des femmes et des hommes disponibles, appelés à laisser quelque chose derrière eux pour faire place à du nouveau.

Le texte de 1 Corinthiens du dimanche 25 janvier (1 Corinthiens 1.10-13,17)

L’unité dans la diversité

Le contexte – La première épître aux Corinthiens 

À l’image de la ville, l’Église que Paul a fondée à Corinthe est cosmopolite avec des Juifs et des Grecs, quelques riches et beaucoup de gens de condition modeste, des hommes libres et des esclaves. Cette diversité est la signature de la théologie de Paul qui conçoit l’Église comme le rassemblement des hommes et des femmes qui vivent de la grâce du Christ quelle que soit leur origine sociale ou religieuse.

Cette diversité est une richesse, mais elle n’est pas toujours facile à vivre et l’Église de Corinthe s’est trouvée divisée en clans et en partis. Certains disent qu’ils appartiennent à Paul, d’autres à Apollos, d’autres à Pierre et d’autres enfin ont créé le parti de ceux qui sont d’aucun parti en appartenant à Christ. 

Que dit le texte ? – La croix du Christ, facteur d’unité

Paul invite les Corinthiens à tous tenir le même langage, mais il voit bien que cette recommandation est vaine car les divisions sont profondes. On soupçonne que certains sont fiers d’avoir été baptisé par Apollos ou Pierre. Paul affirme qu’il est heureux de ne pas avoir baptisé de Corinthiens pour sortir de cette guerre de clan par le haut.

Paul décale le débat en affirmant que l’important n’est pas de savoir qui les a baptisés, mais ce que représente le baptême qui est le signe du salut opéré à la croix. L’important n’est pas le signe, mais ce qu’il désigne : la croix n’est pas une sagesse, mais une folie comme il le dira plus tard.

Au-delà des divisions, Paul appelle ses interlocuteurs à se retrouver sous la croix qui est l’affirmation d’un Dieu qui a quitté son ciel pour venir mourir d’une mort atroce par amour pour l’humain. Mettre cette annonce au centre est un facteur d’unité qui relativise les divisions théologiques.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Appel des disciples

La prédication de Jésus est un appel au changement : Changez radicalement, car le règne des cieux s’est approché ! Le verbe utilisé (matanoéo) évoque le changement de pensée : la foi est une reconsidération de notre vie à partir du don de Dieu en Jésus le Christ. 

C’est cette nouveauté que les pécheurs qui étaient au bord du lac ont entendu quand ils ont répondu à l’appel du Christ qui les invitait à se lever et à le suivre.

Les Corinthiens aussi sont appelés à une nouvelle conversion : relire leurs divisions à partir de la personne du Christ et trouver en lui une vérité plus forte que leurs querelles spirituelles ou théologiques. 

Le livre d’Esaïe du dimanche 25 janvier (Esaïe 8.23-9.3)

Une lumière a brillé

Le contexte – Le livre d’Ésaïe 

La première partie du livre d’Ésaïe se situe dans la deuxième moitié du VIIIe siècle avant notre ère dans une période assez tourmentés puisqu’elle a vu la chute du royaume d’Israël : Samarie a été prise par les armées assyriennes et détruite en 722. Quelques années après cette victoire, les Assyriens ont entrepris le siège de Jérusalem. 

La situation de la capitale de la Judée était critique puisque les habitants en étaient réduits à manger leurs excréments et boire leurs urine (36.12), lorsqu’un matin, de façon inespérée, les Assyriens ont levé le siège. Le roi assyrien est rentré à Ninive où il a été assassiné.

Le livre d’Ésaïe est une succession de récits de jugement du fait de l’infidélité des rois d’Israël et de Juda et de récits de relèvement pour témoigner de la fidélité d’un Dieu qui n’abandonne pas son peuple. 

Que dit le texte ? – La lumière sur les ténèbres

Cette séquence célèbre la libération de Jérusalem lorsque les troupes de Sennachérib ont levé le siège :le joug qui pesait sur elle, la trique qui frappait son dos, le bâton de son oppresseur, tu les as brisés.

Le premier verset fait écho à la disparition du royaume d’Israël : le passé a réduit à peu de chose le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, mais la délivrance de Jérusalem est le signe d’un temps nouveau :  l’avenir donnera de la gloire à la route de la mer, à l’autre côté du Jourdain, au territoire des nations, ce qui correspond au grand mythe de la promesse fait à Abraham : Je donne ce pays à ta descendance ; depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate (Gn 15.18).

C’est au moment où les Judéens se sentent le plus menacé, que le prophète les assure qu’ils sont sous la protection de Dieu : Le peuple qui marche dans les ténèbres a vu une grande lumière.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Appel des disciples

Dans les trois évangiles synoptiques, Jésus a exercé la plus grande partie de son ministère en Galilée, au nord de la Samarie, qui correspond au territoire des tribus de Nephtali et Zabulon. Matthieu voit dans cette localisation une réalisation de la prophétie d’Ésaïe qui annonce les temps messianiques.

Ce n’est pas en Judée que Jésus a appelé ses disciples, mais sur une terre spirituellement suspecte car elle représentait un mélange de foi et d’idolâtrie. Il accomplit la promesse d’un évangile qui se répand dans le territoire des nations. Avec Jésus, c’est le monde entier qui est le territoire de l’Évangile.  

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenants : Antoine Nouis, Amos-Raphaël Ngoua Mouri