Face à la violence du monde, aux dérives politiques, aux blessures de l’histoire et aux failles intimes, que signifie encore espérer ? C’est à cette question radicale qu’ont choisi de se confronter Christine Pedotti et Frédérick de Coninck, dans une conversation œcuménique dense et sans faux-semblants.
D’emblée, le dialogue refuse toute naïveté. L’espérance chrétienne ne consiste pas à nier le mal, ni à l’atténuer par un discours rassurant. Au contraire, elle commence par une lucidité sans concession : le mal est en circulation libre, il traverse les sociétés comme les consciences individuelles. Auschwitz, rappellent-ils, demeure un aiguillon de vigilance, un rappel tragique de ce dont l’humanité est capable — y compris lorsque le mal se dissimule derrière la routine, la lâcheté ordinaire ou les raisons d’État.
Mais cette lucidité n’aboutit pas au désespoir. L’un des paradoxes au cœur de la foi chrétienne, soulignent-ils, est précisément de tenir ensemble deux affirmations : le mal est réel, puissant, structurant ; et pourtant, il n’aura pas le dernier mot. L’espérance ne naît pas de l’ignorance du mal, mais de la conviction — mystérieuse, irréductible à toute démonstration — que le bien est promis à la victoire.
La conversation explore aussi le rôle singulier des femmes dans cette dynamique d’espérance. Vivre « en pays dominé », disent-ils, forge une expérience longue de résistance, d’endurance et de fidélité aux petites choses. Cette histoire silencieuse pourrait bien constituer une ressource décisive pour penser l’espérance aujourd’hui, loin des postures de domination.
Enfin, l’échange s’ouvre à une dimension résolument œcuménique et interspirituelle. L’espérance ne se confine pas aux frontières confessionnelles. Elle se partage, se discute, se nourrit dans le dialogue entre traditions, croyants et chercheurs de sens. Dans une société où les lieux pour parler librement de ces questions se raréfient, cette conversation rappelle une conviction forte : regarder le mal en face, ensemble, est peut-être déjà une manière d’espérer.
Cette conversation a été menée en conclusion du cycle de conférence organisé du 13 au 16 mai 2025 à Sète, dans le cadre de la Pastorale nationale de l’Amicale des Pasteurs à la retraite, consacrée aux ressources d’espérance face aux bouleversements politiques, religieux et écologiques contemporains.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Philippe Gaudin
Propos recueillis par Jean-Luc Mouton et David Gonzalez
Technique : Anne-Valérie Gaillard, Horizontal pictures
L’ensemble des conférences est à retrouver ici :
