Le pasteur Antoine Nouis et le théologien laïc Michel Barlow commentent le texte biblique de Matthieu 17, 1-9.
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0:16 Lecture de Matthieu 17, 1-9
1:48 Commentaire du texte biblique
La transfiguration : une lumière au cœur de l’annonce de la croix
Le récit de la transfiguration, proposé ce dimanche dans la liturgie, occupe une place singulière dans l’Évangile. Traditionnellement célébrée le 6 août, cette scène biblique apparaît ici dans le cycle dominical, invitant à une lecture renouvelée.
Mais loin d’être un épisode isolé ou purement spectaculaire, la transfiguration s’inscrit dans un moment charnière du récit évangélique : celui où Jésus annonce pour la première fois sa passion.
Une gloire paradoxale
Le contexte est frappant. Jésus vient d’annoncer à ses disciples qu’il devra monter à Jérusalem, y souffrir et mourir. Une perspective difficilement audible pour eux, tant elle contredit leur attente d’un Messie glorieux.
Et pourtant, c’est immédiatement après cette annonce que survient la transfiguration : une manifestation éclatante de la gloire divine. Le contraste est saisissant. D’un côté, la souffrance annoncée ; de l’autre, la lumière.
Ce paradoxe n’est pas une contradiction. Il constitue au contraire le cœur du message : celui qui sera crucifié est bien celui qui est dans la gloire de Dieu.
Une clé de lecture : la passion
Le récit ne peut être compris sans ce lien étroit avec la passion. Dans l’Évangile de Luc, un détail le confirme : Moïse et Élie s’entretiennent avec Jésus de « son départ », c’est-à-dire de sa montée à Jérusalem.
Autrement dit, la transfiguration ne détourne pas du chemin de la croix : elle l’éclaire. Elle en est comme la confirmation.
Face à l’incompréhension des disciples, incapables d’imaginer un Messie crucifié, ce récit vient élargir leur horizon. Il les invite à entrer dans une autre compréhension du salut.
Le « croyable » des disciples
Cette difficulté des disciples peut être éclairée par une intuition du philosophe Paul Ricœur : chaque époque possède son « croyable disponible », c’est-à-dire ce qu’elle est capable d’admettre comme plausible.
Pour les contemporains de Jésus, l’idée d’un Messie crucifié était tout simplement impensable. Elle échappait à leur cadre mental et spirituel.
La transfiguration intervient précisément à cet endroit de résistance : elle ouvre une brèche, rendant pensable ce qui ne l’était pas.
Une lumière à interpréter
Le texte décrit Jésus transfiguré : son visage devient éclatant, ses vêtements d’une blancheur lumineuse. Faut-il y voir une scène à prendre au sens littéral ?
Une lecture symbolique s’impose. Cette lumière évoque les grandes théophanies bibliques, notamment celle de Moïse descendant du Sinaï le visage rayonnant. Elle inscrit Jésus dans la continuité de la révélation biblique, tout en la portant à son accomplissement.
Mais elle dit aussi autre chose : une transparence totale à la présence de Dieu. Jésus apparaît ici comme pleinement habité par cette lumière divine.
Une promesse pour tous
Ce récit ne concerne pas seulement Jésus. Il porte une promesse pour tous les croyants.
Dans l’épître aux Romains et dans la deuxième lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul utilise le même vocabulaire de « transformation » ou de « métamorphose ». Il invite chacun à être transformé, renouvelé, rendu transparent à la lumière de Dieu.
La transfiguration devient alors une vocation : celle d’une vie progressivement éclairée de l’intérieur.
Moïse et Élie : témoins et accomplissement
La présence de Moïse et d’Élie renforce la portée du récit. Traditionnellement associés à la Loi et aux prophètes, ils représentent l’ensemble des Écritures.
Leur présence signifie que Jésus en est l’accomplissement.
Mais ils sont aussi, d’une certaine manière, des figures de passage vers Dieu. Élie est enlevé au ciel, Moïse est enveloppé de mystère dans sa mort. Tous deux deviennent ici témoins de la dimension divine du Christ.
Dans la tradition biblique, deux témoins sont nécessaires pour attester une vérité. Leur présence prend alors une dimension quasi juridique : ils attestent que Jésus est bien le Messie.
La tentation de s’installer
Face à cette expérience, Pierre propose de dresser trois tentes. Une réaction à la fois naïve et profondément humaine.
Il veut prolonger l’instant, s’installer dans cette lumière.
Mais le récit prend une autre direction : il faut redescendre de la montagne. Quitter l’extase pour retrouver le monde.
La foi ne consiste pas à demeurer dans l’exceptionnel, mais à revenir à la réalité, transformé par ce qui a été vécu.
Une révélation à comprendre après coup
Une voix se fait alors entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. »
Cette parole reprend celle du baptême de Jésus, établissant un lien entre les deux moments. Mais ici, elle intervient dans un contexte marqué par l’annonce de la croix.
Comme si Dieu lui-même venait confirmer : c’est bien ce chemin-là, celui de l’abaissement et de la souffrance, qui révèle le Fils.
Jésus demande ensuite de ne rien dire de cette vision avant la résurrection. Car c’est seulement à la lumière de Pâques que la transfiguration devient intelligible.
Un Messie à contre-attente
Tout au long de l’Évangile, une tension demeure : celle entre l’image attendue du Messie, puissant, victorieux, et celle que Jésus incarne réellement.
La transfiguration ne gomme pas cette tension. Elle la révèle et la dépasse.
Elle affirme que la gloire de Dieu ne s’oppose pas à la croix, mais qu’elle s’y manifeste autrement.
Voir autrement
Ainsi, la transfiguration n’est pas un moment d’évasion spirituelle. Elle est une clé de lecture.
Elle apprend à voir autrement : reconnaître dans la faiblesse apparente la présence de Dieu, et comprendre que la lumière ne supprime pas l’épreuve, mais la traverse.
Une invitation, pour les disciples d’hier comme pour ceux d’aujourd’hui, à entrer dans une foi plus profonde, capable d’accueillir un Dieu qui se révèle là où on ne l’attend pas.
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Cette vidéo fait partie de la série : Évangile du dimanche
Production : Fondation Bersier
Diffusion : Campus protestant
Journalistes : Jean-Luc Mouton et Antoine Nouis
Invité : Michel Barlow
