05.02.2023 : Mt 5.13-16 – Le sel et la lumière

Introduction

Après avoir dressé le portrait du disciple dans les béatitudes, Jésus nous apprend que les pauvres de cœur, les artisans de paix et les persécutés à cause de la justice sont les vraies lumières de notre monde. Pour l’évangile, les stars de notre monde ne sont pas ceux qu’on voit à la télévision ou dont on parle le plus sur les réseaux sociaux, ce sont les petits, les humbles, ceux qui œuvrent au quotidien pour un monde plus fraternel.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Le sel de la terre

Vous êtes le sel de la terre. Le sel donne du goût, sans lui la soupe est fade ; et le sel est un conservateur, sans lui les aliments pourrissent. L’évangile, les béatitudes sont ce qui donne du goût à notre monde et ce qui lui permet de ne pas pourrir, de durer, de subsister.

Dans l’évangile de Marc, Jésus précise l’appel à être sel : Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres (Mc 9.50). Dans la même veine, Paul encourage les Colossiens en leur écrivant : Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel (Col 4.6). La paix et le sel dans un cas, la grâce et le sel dans l’autre : une ligne de crête qui est une des plus belles définitions du chemin d’un disciple.

La lumière du monde

À la différence du sel qui est invisible lorsqu’il donne du goût à la soupe, la lumière est faite pour être vue. La lumière s’impose d’elle-même, lorsque la lumière rencontre l’obscurité, ce sont les ténèbres qui sont éclairées, ce n’est pas la lumière qui est enténébrée !

Dans le prologue du quatrième évangile, la lumière est associée au Christ et à la vérité. Les disciples n’ont pas peur de vivre dans la lumière alors les oppresseurs et les menteurs aiment les ténèbres. À ceux qui obscurcissent la lumière, Jésus fait une promesse : Ne les craignez donc pas, car il n’y a rien de voilé qui ne doive être révélé, rien de caché qui ne doive être connu (Mt 10.26).

Pistes d’actualisation

1er thème : Être sel et lumière

L’appel à être sel et lumière se situe entre le message des béatitudes qui appellent les disciples à avoir un cœur de pauvre, à être doux et compatissants au risque d’être persécutés, et le message des antinomies qui appelle à dépasser la justice des scribes et des pharisiens en vivant la non-violence, le non-jugement, la réconciliation et l’amour des ennemis.

Nous sommes vraiment au cœur de l’évangile. Comme l’a dit Jürgen Moltmann :  « C’est l’autorité reconnue au Sermon sur la montagne et sa mise en pratique qui détermineront si, dans les sociétés occidentales, le christianisme deviendra une religion bourgeoise qui n’exige plus rien et qui ne console personne, ou s’il constituera une communauté qui confesse le Christ et qui le suit, lui seul et totalement. »

2e thème : Message à une église persécutée

L’appel à être sel et lumière pourrait paraître pour de l’arrogance, sauf qu’il est adressé à une Église minoritaire et persécutée. Ce n’est pas la même chose de dire qu’elle est lumière à une Église dominante et à une Église dominée et persécutée.

L’Église à laquelle s’adresse Matthieu devait se sentir en danger par la menace de l’Empire romain qui commençait à la persécuter, mais l’évangile lui dit qu’elle ne doit pas craindre car elle est le sel et la lumière.

Nous retrouvons le message du livre de l’Apocalypse qui dit à ceux qui essayent d’être fidèles à l’agneau immolé de rester dans la confiance, car à la fin l’agneau sera vainqueur du dragon.

3e thème : Une Église minoritaire

Le propre du sel est de donner du goût à la soupe, mais s’il y a trop de sel la soupe devient immangeable. Peut-il y avoir trop d’Évangile ? On peut juste remarquer que dans l’histoire, chaque fois qu’une Église est devenue dominante et majoritaire dans une société, elle a dénaturé le message de l’Évangile, cette loi ne souffre aucune exception. Il faut se résoudre à considérer que la vocation de l’Église est d’être minoritaire. Elle n’a pas vocation à gouverner le monde, mais à être une parole d’ouverture, de contestation et d’espérance

Une illustration : Le ciel ou le miel ?

Bernanos a écrit : « Le bon Dieu n’a pas écrit que nous étions le miel de la terre, mais le sel. Or, notre pauvre monde ressemble au vieux père Job sur son fumier, plein de plaies et d’ulcères. Du sel sur une peau à vif, ça brûle. Mais ça empêche aussi de pourrir. » Le risque qui menace l’Église de nos jours est l’insignifiance, de ne plus avoir de goût, de ne faire que répéter les poncifs de notre monde. Notre texte est alors redoutable lorsqu’il affirme que si le sel devient fade, il ne sert à rien et qu’il n’est plus bon qu’à être jeté dehors. Et en plus un sel dégénéré stérilise la terre dans laquelle il est jeté.

Si elle veut redevenir sel et lumière, l’Église doit retrouver la radicalité du message des béatitudes.

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis