Évangile du dimanche

Les Rameaux chez Marc

Dans cet évangile, Jésus n’est jamais allé à Jérusalem. Il veut entrer dans la ville en posant un signe prophétique qui manifeste son Évangile.

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Publié le 28 mars 2021

28 mars 2021 : Marc 11.1-10 – Les Rameaux chez Marc

Le quiproquo de la royauté

Introduction

Avant d’entrer à Jérusalem, Jésus s’arrête dans un lieu indéterminé, vers Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers, c’est de là qu’il va préparer son entrée dans la ville sainte.

Cette indication géographique pose les différents lieux où va se jouer le drame de la passion, entre Béthanie où Jésus recevra une onction prophétique[1], le mont des Oliviers où il se retrouvera avec ses disciples pour annoncer la fin du temple[2] et vivre le combat de la prière[3], et le temple de Jérusalem où il s’opposera aux religieux.

Dans cet évangile, Jésus n’est jamais allé à Jérusalem, la ville est le but de sa marche. Il a annoncé à trois reprises qu’il y sera crucifié. Alors qu’il arrive au terme de son voyage, il veut entrer dans la ville en posant un signe prophétique qui manifeste son Évangile.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

L’âne dans la Bible

L’âne est un animal important dans la Bible. Les commentaires rabbiniques disent que c’est le même âne qu’Abraham a scellé pour monter au mont Moriya pour sacrifier son fils, qui a parlé à Balaam pour l’empêcher de maudire Israël et que chevauchera le messie quand il entrera à Jérusalem. Nous pouvons ajouter que c’était sûrement le même âne qui a porté Jésus et Marie quand ils ont fui en Égypte pour échapper au massacre ordonné par Hérode.

Le jeu de piste pour trouver l’ânon

La moitié du texte est occupé par un point qui semble anecdotique, la façon dont les disciples se sont procuré l’ânon que Jésus a chevauché. Les disciples doivent suivre un jeu de piste pour trouver l’animal. Deux remarques sur la démarche.

Nous trouvons la même démarche lorsque Jésus envoie ses disciples préparer la Pâque. La proximité fait le parallèle entre l’humilité de l’ânon et le dernier repas de Jésus dans lequel il va préfigurer la passion.

Elle relève de la culture de la clandestinité. Jésus avait des partisans à Jérusalem qui n’étaient pas connus des Douze. Les mouvements clandestins ont toujours cloisonné les réseaux.

Pistes d’actualisation

L’ânon comme signe messianique

Lorsque le propriétaire de l’ânon interroge les disciples, ils doivent répondre : le Seigneur en a besoin. Pourquoi en a-t-il besoin ? Pour parler, pour poser un signe.

Si Jésus n’est pas arrivé à Jérusalem sur un cheval ou un chameau, ce qui aurait mieux répondu à l’attente de la foule, mais sur un ânon, ce n’est pas par défaut, mais pour transmettre un message.

Le Talmud qui est la compilation de commentaires des maîtres du judaïsme dit que nous trouvons dans la Bible hébraïque deux figures messianiques : la figure cosmique d’un fils de l’homme descendant des nuages[4], et la figure humble d’un homme chevauchant un âne[5]. Il ajoute que le Messie viendra soit quand une génération sera entièrement vertueuse, soit quand elle sera entièrement mauvaise. Dans le cas d’une génération entièrement bonne, le Messie sera cosmique ; et dans le cas d’une génération entièrement mauvaise, il viendra comme un pauvre, sur un âne.

La référence à Zacharie

La venue à Jérusalem sur un ânon est un accomplissement de la prophétie de Zacharie : Sois transportée d’allégresse, Sion la belle ! Lance des acclamations, Jérusalem la belle ! Il est là, ton roi, il vient à toi ; il est juste et victorieux, il est pauvre et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. Je retrancherai d’Ephraïm les chars et de Jérusalem les chevaux ; les arcs de guerre seront retranchés. Il parlera pour la paix des nations, et sa domination s’étendra d’une mer à l’autre[6]. Ce passage est une énigme : comment un roi humble qui chevauche un ânon peut briser les armes et dominer ? Dans notre monde la domination ne s’exerce que par la force.

La réponse de l’évangile est dans la croix. C’est en étant crucifié que Jésus apporte la paix et sauve le monde.

L’ambiguïté de la foule

La foule crie Hosanna ! mais a-t-elle saisi le signe de l’ânon ? Elle célèbre le roi de gloire du Ps 118, mais se souvient-elle que ce Psaume est aussi celui qui dit que la pierre qui est devenue celle de l’angle est aussi celle qui a été rejetée par les bâtisseurs[7] ? Cette foule qui crie Hosanna le dimanche, où est-elle le vendredi lorsqu’une autre foule crie : à mort ! Une autre foule ? En sommes-nous si sûrs ? N’est-ce pas le propre de la foule de crier Hosanna le dimanche et à mort le vendredi ?

Jésus a parlé à la foule car il a eu pitié d’elle, mais son projet est de faire des disciples, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui sont capables de sortir de la foule.

Une illustration : L’exemple de l’âne

Albino Luciani qui a été pape quelques semaines sous le nom de Jean-Paul 1er a fait de l’âne un symbole d’humilité. Pour lutter contre l’orgueil, il propose de se mettre à la place de l’ânon des Rameaux. Il dit : « J’ai cent fois suivi les funérailles de mon orgueil, m’illusionnant de l’avoir laissé à deux mètres sous terre et cent fois je l’ai vu réapparaître plus vif qu’avant. Quand on me fait un compliment, j’ai besoin de me comparer à l’ânon qui portait le Christ le jour des Rameaux. Et je me dis : si en entendant les applaudissements de la foule, il s’était enorgueilli et s’il s’était mis à remercier à droite et à gauche en faisant des révérences, quel âne il aurait été. Il ne l’a pas fait, je n’ai pas à être plus âne que lui. »

[1] Mc 14.3-9.

[2] Mc 13.3.

[3] Mc 14.26,32.

[4] Dn 7.13

[5] Za 9.9

[6] Za 9.9-10

[7] Ps 118.22

Pour aller plus loin :
Les pasteurs Antoine Nouis et Florence Taubmann commentent le texte biblique de Marc 10, 1-10 https://campusprotestant.com/video/dimanche-25-mars-lentree-de-jesus-a-jerusalem/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

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