22.07.2022 : Luc 11.1-13 – Enseignement de Jésus sur la prière

La prière de Jésus

Introduction

Nous trouvons une autre version de la prière de Jésus dans le sermon sur la montagne de l’évangile de Matthieu. Chez Luc, Jésus n’a pas réuni ses disciples en leur disant : « Aujourd’hui, je vais vous enseigner sur un sujet important : la prière », il a répondu à une demande de ses disciples qui, en voyant Jésus prier, ont compris qu’il avait une relation singulière avec son père.

La prière, les disciples savent ce que c’est, depuis qu’ils sont tout petit on leur a appris comment on s’adresse à Dieu, et voici qu’en voyant Jésus prier, ils réalisent qu’ils ne savent pas prier, alors ils lui posent la grande question : Apprends-nous à prier.

Jésus profite de la question pour délivrer son enseignement sur la prière.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Père !

La première parole de la prière est le mot Père. Les évangiles ne rapportent jamais une prière de Jésus sans qu’il appelle Dieu : Père ! (La seule exception est le cri sur la croix « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », mais il cite le premier verset du Psaume 22.) Cette appellation ne devait pas être si fréquente puisqu’elle suscite l’étonnement et l’admiration de l’apôtre Paul (Rm 8.15, Ga 4.6). Derrière le mot Père – Paul dit Abba ! Père ! – se trouve une intimité peu courante.

C’est cette intimité qui a intrigué les disciples et qui a suscité leur question : Enseigne-nous à prier.

Que ton règne vienne !

L’évangile de Matthieu prolonge cette demande en ajoutant : Que ta volonté soit faite ! En priant cela, nous reconnaissant que son règne n’est pas là et que sa volonté n’est pas faite.

La prière se fait interpellation : Qu’est-ce que je fais pour que son règne vienne ?

La prière se fait intercession : Seigneur je te remets les blessures et les fractures de notre monde, tous ces lieux où ton règne n’est pas présent.

Pistes d’actualisation

1er thème : Le pain et le pardon

Donne-nous notre pain… pardonne-nous nos péchés. Pour vivre, nous avons besoin de pain et pour vivre nous avons besoin de pardon. Ces demandes rejoignent le verset des Psaumes qui dit : Seigneur, tout mon désir est devant toi, et mon soupir ne t’est pas caché (Ps 38.10). Prier, ce n’est pas réciter de belles paroles, prier c’est être la vérité de son intimité devant Dieu.

Si nous sommes vivants, c’est que nous avons reçu le pain et de ce jour, et si nous vivons au milieu de nos prochains, c’est que nous avons été pardonnés. La prière se fait alors reconnaissance pour le pain et le pardon.

2e thème : Les paraboles : Cherchez et vous trouverez

Luc s’adresse à un public de culture grecque, moins habitué à la prière, c’est pourquoi il ajoute à la présentation de la prière de Jésus quelques petites paraboles pour encourager ses lecteurs à la persévérance. Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. Si l’on n’a pas encore trouvé, c’est qu’on n’a pas assez cherché, il ne faut jamais se lasser de demander, de chercher, de frapper à la porte.

Jésus enseigne à ses disciples qu’il n’y a rien de pire qu’un esprit habitué, un esprit qui a cessé de chercher soit parce qu’il pense avoir trouvé, soit parce qu’il pense qu’il n’y a rien à trouver. Prier, c’est garder vivante en nous la quête de Dieu, garder vivante la brûlure de son absence.

3e thème : La promesse d’une surabondance de l’Esprit

Aux différentes demandes de la prière, une est particulièrement précieuse, c’est celle de l’Esprit qui est associée à une belle promesse : Si… vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il l’Esprit saint à ceux qui le lui demandent !

La promesse de l’Esprit, c’est la promesse d’une promesse habitée. Nous avons tous fait l’expérience de la prière sèche, dans laquelle nous avons l’impression de ne parler qu’à nous-mêmes. C’est pourquoi nous devrions commencer toutes nos prières par une invocation à l’Esprit : « Seigneur, je ne sais pas prier, je te demande ton Esprit pour que ma prière soit vivante afin de m’aider à mieux être ton enfant ! »

Une illustration

Les pères du désert ont été les premiers moines qui ont quitté la compagnie des hommes lorsque le christianisme est devenu la religion officielle de l’Empire romain. Ils se sont retirés dans des lieux désertiques afin de vivre la foi chrétienne dans toute sa radicalité. On raconte qu’un de ces pères mettait tellement de poids et d’intensité dans sa récitation du Notre Père, qu’un jour il a commencé à prononcer cette prière alors que le soleil se couchait et qu’il n’est arrivé à l’amen final que le lendemain, lorsque le soleil se levait

À nous pour qui la récitation du Notre Père ne prend pas plus d’une minute, cet apologue nous rappelle que le Notre Père est une prière bien plus riche, bien plus belle, bien plus grande que ce à quoi nous pensons lorsque nous la prions.

Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Christine Pedotti, écrivain, journaliste et directrice de la rédaction de Témoignage chrétien, pour discuter Luc 11, 1-13 : https://campusprotestant.com/video/jesus-et-la-priere/

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis