Dans l’imaginaire collectif, l’avarice est souvent associée à l’accumulation d’argent. Une caricature du riche qui entasse sans jamais dépenser. Mais cette représentation masque une réalité plus subtile. Pour le théologien Alain Houziaux, l’avarice ne se définit pas d’abord par ce que l’on possède, mais par ce que l’on refuse de faire avec ce que l’on a.

L’avare n’est pas seulement celui qui aime l’argent : c’est celui qui le retient, qui empêche sa circulation, qui refuse le mouvement même de la vie.


La parabole des talents : une question de risque

Pour comprendre cette logique, Alain Houziaux s’appuie sur un texte central de l’Évangile : la parabole des talents. Trois serviteurs reçoivent une somme d’argent. Deux d’entre eux prennent le risque de l’engager, de la faire fructifier. Le troisième, en revanche, choisit la sécurité.

Il cache son talent, l’enfouit dans la terre, le préserve de tout risque.
C’est ce geste que le texte biblique désigne implicitement comme une faute.

Loin d’être prudent, ce troisième serviteur incarne une forme de refus : refus du risque, refus de la confiance, refus d’entrer dans la dynamique du monde.


L’argent, un flux vital

Dans la tradition biblique, la richesse ne se pense pas comme un stock immobile, mais comme un flux. Les racines hébraïques du mot “richesse” évoquent tour à tour le désir, la circulation, et même la dette.

Autrement dit, posséder implique déjà une responsabilité.
Ce que l’on reçoit est destiné à circuler.

L’argent, comme le sang dans le corps humain, est appelé à irriguer.
Le retenir, c’est interrompre ce mouvement vital.


Une richesse qui devient dette

Cette vision conduit à une idée forte : la richesse engage.
Celui qui possède n’est pas simplement riche, il est aussi débiteur.

Dans cette perspective, garder sans partager revient à priver autrui de ce qui pourrait lui revenir.
La tradition spirituelle va jusqu’à renverser le regard : ce qui est stocké inutilement devient, en quelque sorte, soustrait aux autres.


Une jouissance sans usage

L’avarice produit alors une situation paradoxale.
L’argent est désiré, conservé, parfois idolâtré… mais il n’est jamais utilisé.

Ni transformé en expérience, ni investi dans des relations, ni donné.

Il devient un objet fermé sur lui-même.
Une richesse sans usage, sans finalité, sans vie.


Une fermeture à la vie

Pour Alain Houziaux, cette attitude relève d’un repli plus profond.
L’avarice n’est pas seulement un défaut moral : elle traduit une difficulté à entrer dans le mouvement du monde.

Refuser de donner, c’est refuser de risquer.
Refuser de risquer, c’est refuser de vivre.

L’avare se protège… mais au prix d’un enfermement.


Donner, c’est exister

La leçon de la parabole est claire : ce qui est confié doit être engagé.
Non pour être perdu, mais pour être transformé.

Dans cette perspective, la véritable richesse ne réside pas dans ce que l’on garde, mais dans ce que l’on met en circulation.

Loin des clichés, l’avarice apparaît alors comme une impasse :
celle d’une vie qui refuse de se déployer.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Alain Houziaux
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Horizontal Pictures

Le prochain épisode poursuivra cette exploration en abordant un autre de ces grands thèmes spirituels qui traversent l’histoire chrétienne : la colère.

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