À Paris, la pasteure Jane Stranz retrace la naissance du culte luthérien dans les ambassades, il y a quatre siècles.
L’histoire commence en 1626, dans un lieu inattendu : la chapelle de l’ambassade de Suède à Paris. C’est là qu’est célébré, selon la tradition, le premier culte luthérien dans la capitale. À l’époque, le luthéranisme n’est pas une réalité française structurée, mais une confession venue d’ailleurs, portée par des pasteurs étrangers et des fidèles de passage — diplomates, commerçants, exilés.
« Ce sont les ambassades des pays protestants qui ont protégé et encouragé la pérennité du culte protestant à Paris », rappelle Jane Stranz. Dans une France encore marquée par les tensions confessionnelles, ces enclaves diplomatiques jouent un rôle décisif : elles offrent un espace de liberté cultuelle, toléré parce qu’extraterritorial.
Plus précisément, en octobre 1626, une proclamation cosignée par une vingtaine de princes et d’ambassadeurs scandinaves et allemands en mission à Paris annonce la célébration d’un culte luthérien avec Sainte-Cène, présidé par le pasteur suédois Jonas Hambraeus, dans l’une de leurs ambassades.
Contraire aux usages diplomatiques et aux lois du royaume, le texte fait l’effet d’une nouvelle à sensation, frôlant la provocation en appelant tous les luthériens parisiens à s’y joindre.
Faute de lieu et de date précisés, cette invitation ne prend corps qu’en 1635, lorsque Hugo Grotius, nommé légat permanent de Suède à Paris, s’installe quai Malaquais. Il y ouvre une chapelle, engage Hambraeus comme pasteur et instaure un culte luthérien dominical, désormais accessible à tous les luthériens présents dans la capitale.
Une présence qui s’enracine
Si les idées de Martin Luther circulent très tôt en France, le culte luthérien public trouve avec 1626 un point d’ancrage durable. Peu à peu, des lieux de culte se structurent, des communautés s’organisent, non sans être tributaires des aléas politiques et religieux de l’histoire française.
Au XIXᵉ siècle, avec une reconnaissance plus stable du protestantisme, des églises luthériennes sont construites à Paris. Le luthéranisme cesse alors d’être seulement un culte d’ambassade pour devenir une composante visible du paysage religieux parisien.
Un anniversaire pour toute l’Église protestante
Pour Jane Stranz, cette célébration dépasse largement le seul cadre luthérien. Elle concerne l’ensemble du protestantisme français, et plus largement le christianisme. Elle revêt aussi une portée symbolique particulière depuis la création de l’Église protestante unie de France : c’est le premier grand anniversaire luthérien célébré dans ce cadre commun.
Une tradition vivante et ouverte
Quatre siècles plus tard, le luthéranisme parisien continue de se renouveler. Les migrations, les parcours familiaux protestants venus d’Europe et d’ailleurs, apportent une énergie nouvelle aux paroisses. Fidèle à son héritage, le culte luthérien demeure un espace de liturgie, de pensée et de dialogue œcuménique, inscrit dans une histoire européenne de foi, de conviction et de liberté.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Jane Stranz
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Horizontal pictures
