Spécialiste de la justice et de la police sous l’Ancien Régime, Pierre-Benoît Rumanou, également enseignant en région parisienne, s’appuie sur une documentation d’archives d’une richesse impressionnante pour restituer les mécanismes concrets de la répression religieuse orchestrée contre les protestants.

L’ouvrage suit trois grandes missions confiées à la police de l’époque : empêcher la pratique clandestine du culte réformé, bloquer les tentatives de fuite vers les pays dits du Refuge (Suisse, Provinces-Unies, Angleterre, principautés allemandes), et surveiller les « nouveaux convertis » au catholicisme. Ce triptyque constitue l’ossature du livre, qui montre avec rigueur comment l’appareil répressif monarchique s’est structuré, jetant les bases d’un État policier centralisé, dont certaines méthodes résonnent encore aujourd’hui.

Ce qui frappe dans ce récit, c’est l’extrême précision des sources : rapports de terrain des commissaires, ordres venus du roi, notes d’indicateurs populaires parfois écrites phonétiquement sur des bouts de papier, procès-verbaux d’interrogatoires ou encore listes de saisies. Cette matière brute donne vie à un Paris surpeuplé, surveillé, où tout le monde – marchands ambulants compris – pouvait devenir espion. On y apprend que la police utilisait les actes notariés pour repérer les départs suspects, comme on traque aujourd’hui des flux financiers.

Certaines ambassades étrangères abritaient des cultes protestants protégés par le droit diplomatique. La police, impuissante à agir sur place, attendait que les fidèles sortent pour les interpeller, évitant tout incident diplomatique.

Mais le livre ne se contente pas de documenter l’oppression. Il révèle aussi l’ingéniosité des protestants pour y échapper : voyages clandestins sans cartes, reliance à des guides papier – véritables GPS de l’époque – dont certains ont été retrouvés dans les archives.

Au croisement de l’histoire sociale, religieuse et policière, Traquer est bien plus qu’un travail d’universitaire : c’est une réflexion profonde sur la surveillance, le contrôle des corps et des esprits, et la résistance des individus. Une œuvre rigoureuse, vivante et, comme le rappelle Rumanou en écho à l’Ecclésiaste, un rappel que décidément, rien de neuf sous le soleil.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Réalisation : Romain Secco
Technique : Horizontal Pictures