« Mon enfance s’est arrêtée brutalement avec un coup de hache le 5 novembre 1977. » La phrase est dite sans emphase. Ce jour-là, René Goscinny meurt d’un infarctus. Anne Goscinny n’a que neuf ans. L’enfance bascule dans le silence et le chaos.

Écrire pour réparer : la fiction comme refuge

Au Salon du livre, l’écrivaine raconte comment cette rupture a profondément marqué son rapport au monde – et à l’écriture. Longtemps, la blessure est restée là, souterraine. Puis sont venues Les aventures de Lucrèce. Une petite fille entourée, protégée, inscrite dans une famille recomposée où « la maladie n’existe pas » et où le drame n’a pas sa place. « Ma fille, je pense que ça m’a beaucoup réparée », confie-t-elle.

Écrire pour les enfants n’a rien d’un exercice mineur, insiste-t-elle. C’est au contraire une discipline d’une extrême exigence. « Les enfants n’ont aucun scrupule à fermer le livre. » Il faut les saisir dès les premières lignes, éviter les ellipses, préciser qui parle, où l’on est, maintenir un rythme. Une écriture tendue, précise, sans facilité.

La mémoire, la transmission et la force des mots

La collaboration avec l’illustratrice l’a aussi poussée hors de sa zone de confort. Fini les scènes statiques autour d’une table : il a fallu imaginer des patinoires, des chevaux, des décors vivants. L’écriture devient mouvement.

Anne Goscinny évoque également son premier lien professionnel avec le monde protestant : des critiques de cinéma sur Fréquence Protestante. « On m’a donné la parole, j’en suis encore reconnaissante. » Un souvenir fondateur.

Derrière la douceur de son ton, il y a une conviction simple : raconter, c’est transmettre, mais c’est aussi se reconstruire. L’écriture n’efface pas la perte. Elle lui donne un sens, et parfois, une lumière.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Anne Goscinny
Entretien mené par : Frédéric Casadesus
Technique – Rédaction : Alban Robert, David Gonzalez