Dans sa dernière bande dessinée, Les Singes, Yann Le Bec livre un thriller psychologique où le drame intime se mêle à une méditation sur le regard, le soupçon et l’émancipation.

Publié le 19 septembre 2025 aux Éditions Dupuis dans la collection Les Ondes Marcinelle, Les Singes est un roman graphique de 144 pages qui mêle atmosphère hitchcockienne et chronique familiale.

L’intrigue suit Manon, une jeune femme d’une vingtaine d’années qui revient passer l’été chez ses parents dans une atmosphère lourde et troublée. Accablée par la chaleur et les non-dits, elle se trouve confrontée à des tensions anciennes et à une relation paternelle complexe. Dans l’interview accordée à Regards protestants, Yann Le Bec confie que son projet de départ n’était pas d’écrire une simple enquête, mais de travailler le soupçon et le doute : « ce qui m’intéressait, c’était d’explorer ce jeu de regard, comment notre vision du monde est en partie héritée de nos parents ».

« J’avais envie que le lecteur se demande sans cesse si Manon a raison ou si tout se joue dans sa tête. »

Cette dynamique se joue puissamment dans la relation entre Manon et son père. L’auteur utilise des images simples — un obstacle physique sur le passage, des gestes ritualisés — pour matérialiser la distance croissante entre eux. Son père est nostalgique d’un temps où ils partageaient un jeu d’imitation de singes, métaphore récurrente de la quête d’une innocence perdue. Manon, elle, cherche à développer son propre regard, loin des lunettes symboliques que lui impose son père, et à s’émanciper de ce qu’elle considère comme une vision trop envahissante du monde et de la vie.

La symbolique animale est déployée tout au long du récit. Des animaux communs — taupes, guêpes — deviennent des signes du rapport du père à ce qui le dérange, et incarnent la manière dont il tente de maîtriser son environnement. Ces détails insignifiants et presque inconscients incarnent des non-dits, des déficits de communication et des zones d’ombre dans la famille.

Plus qu’un simple thriller, Les Singes investit un territoire narratif où la tension psychologique se déploie à partir de l’intime et de l’ordinaire — révélant combien le malaise peut surgir dans les replis d’une vie familiale en apparence banale.

« Ce qui m’intéresse, ce ne sont pas les figures du mal absolu, mais celles qui nous ressemblent, parce que ce sont elles qui sont vraiment inquiétantes. »

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Yann Le Bec
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Horizontal pictures