Pourquoi parler aujourd’hui d’un nouveau pouvoir évangélique ? Et comment expliquer la vitalité d’un courant chrétien dans un monde pourtant marqué par la mondialisation, l’individualisme, mais aussi le chômage et la pauvreté ?
C’est à ces questions que répond le dernier ouvrage de Sébastien Fath, paru cette semaine chez Grasset. Un livre événement, qui fait la une de Réforme et confirme la place singulière de son auteur dans le paysage intellectuel français.
Historien, chercheur au CNRS et spécialiste reconnu du protestantisme évangélique, Sébastien Fath propose ici une vaste enquête, à la fois rigoureuse et accessible. Son ambition : dresser un panorama mondial de l’évangélisme contemporain, en en montrant les dynamiques, les ressorts sociaux, mais aussi les zones de fragilité. Le ton est alerte, le propos pédagogique, sans jamais céder à la caricature ni à la fascination.
Premier constat : l’ampleur du phénomène. Sébastien Fath estime à environ 700 millions le nombre d’évangéliques dans le monde, sur un peu plus de 2,5 milliards de chrétiens. Une proportion considérable, qui oblige à prendre au sérieux ce courant longtemps perçu comme marginal ou exclusivement nord-américain. Or, l’un des apports majeurs du livre est précisément de déplacer le regard.
Car le centre de gravité de l’évangélisme n’est plus seulement occidental. L’Asie y occupe une place centrale, notamment la Chine, où l’auteur décrit l’émergence d’une véritable Bible Belt asiatique autour de la région de Wenzhou. L’Afrique constitue un autre foyer majeur, du Nigeria à l’Éthiopie, du Kenya au Congo, où les Églises évangéliques structurent des réseaux sociaux, éducatifs et spirituels puissants. L’Amérique latine, avec le Brésil en figure de proue, confirme cette dynamique globale, tandis que les États-Unis demeurent un pôle d’influence, y compris au plus haut niveau du pouvoir politique, malgré une légère érosion récente.
La France n’est pas en reste. Sébastien Fath y observe une progression nette de l’évangélisme, portée moins par une importation nord-américaine que par des dynamiques venues d’Afrique. Aujourd’hui, environ 1,1 million de personnes se réclameraient de l’évangélisme en France, un chiffre sans commune mesure avec la situation de l’après-guerre. Le phénomène touche aussi bien les grandes métropoles que les villes moyennes et les zones rurales, dessinant une géographie religieuse profondément renouvelée.
Mais le livre ne se contente pas d’une cartographie. Il interroge les raisons de ce succès : capacité d’adaptation, proximité communautaire, discours de sens dans des contextes de précarité sociale, mais aussi usage maîtrisé des codes contemporains. En creux, Sébastien Fath pointe également les vulnérabilités : tensions internes, rapports ambigus au politique, risques de dérives identitaires.
Sans militantisme ni procès à charge, Le nouveau pouvoir évangélique offre des clés précieuses pour comprendre l’un des faits religieux majeurs de notre temps. Une lecture indispensable pour qui veut saisir les recompositions du christianisme mondial — et les défis qu’elles posent aux sociétés comme aux Églises.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Stéphane Lutz-Sorg
Technique – Rédaction : Paul Drion, David Gonzalez
Pour aller plus loin, Sébastien Fath revient en détail sur cette recomposition du paysage chrétien dans un entretien à découvrir à la Une de Réforme, où il éclaire les enjeux théologiques, sociaux et politiques de ce nouvel âge évangélique.
