Pour Frédéric de Coninck, l’espérance ne se pense ni depuis les sommets du pouvoir, ni à partir de grands scénarios géopolitiques. Elle se construit « par le bas », au plus près des réalités sociales, là où se vivent concrètement les fractures, les violences et les vulnérabilités contemporaines. Sociologue engagé dans une approche attentive aux marges, il invite à distinguer radicalement espérance et optimisme. L’optimisme promet que « tout ira mieux » ; l’espérance, elle, accepte lucidement que la situation puisse s’aggraver.
Face à l’enchevêtrement des crises – écologique, politique, sociale –, Frédéric de Coninck ne propose ni déni ni prophétie rassurante. Il constate au contraire une dynamique de renforcement mutuel des tensions : pénuries, repli sur soi, rapports de force, violences sans limite. Dans ce contexte, espérer consiste moins à prévoir un avenir heureux qu’à tenir le cap dans un monde qui s’éloigne de la paix.
Cette espérance s’enracine d’abord dans le vécu communautaire. Inspiré par la tradition mennonite, le sociologue souligne l’importance de communautés capables d’incarner concrètement la fraternité, la sororité et la justice. Des espaces imparfaits, souvent minoritaires, mais appelés à devenir des « oasis d’espérance » : lieux de paix, d’accueil et de résistance au cynisme ambiant.
Plutôt que l’efficacité, Frédéric de Coninck plaide pour la fécondité. Là où l’efficacité contraint et impose, la fécondité suppose patience, gratuité et confiance. Elle s’inscrit dans ce qu’il appelle, empruntant à Patrick Chamoiseau, la « longue haleine de la répétition » : semer, encore et encore, sans maîtriser les fruits.
Espérer, dès lors, devient un acte profondément politique et spirituel : accueillir sans soupçon, aimer sans garantie, persévérer sans illusion. Une manière humble mais tenace de refuser la logique de la domination et de maintenir vivante, malgré tout, la flamme de l’espérance.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Philippe Gaudin
Propos recueillis par Jean-Luc Mouton et David Gonzalez
Technique : Anne-Valérie Gaillard, Horizontal pictures
Frédéric de Coninck est sociologue, engagé dans une approche de terrain attentive aux réalités sociales et aux marges. Spécialiste des questions de paix, de justice et d’écologie, il articule analyse empirique, réflexion théologique et engagement communautaire, notamment au sein du Comité national de la solidarité.
Cette conférence a été donnée du 13 au 16 mai 2025 à Sète, dans le cadre de la Pastorale nationale de l’Amicale des Pasteurs à la retraite, consacrée aux ressources d’espérance face aux bouleversements politiques, religieux et écologiques contemporains.
Toutes les conférences de ces journées sont à écouter ici :
