Dans une prédication, le théologien Paul Tillich écrit :

Au cours du procès des criminels de guerre à Nuremberg, un témoin vint à la barre, qui avait vécu, pendant quelque temps, dans une tombe du cimetière juif de Vilna, en Pologne… Pendant ce temps, il écrivit des poèmes, dont l’un décrit une naissance. Dans une tombe voisine, une jeune femme donna naissance à un garçon. Le fossoyeur octogénaire prêta son concours, enveloppant l’enfant d’un suaire de toile. Lorsque l’enfant nouveau-né poussa son premier cri, le vieillard se mit à prier : « Grand Dieu, nous as-tu enfin envoyé le Messie ? » Car qui d’autre que le Messie lui-même peut naître dans une tombe ?

Ce poème est une métaphore de Noël. Que célébrons-nous à la crèche ? Une naissance, et tous ceux qui ont assisté à une naissance savent que c’est un événement spirituel, métaphysique, qui nous situe face au mystère de la vie. Mais la naissance du fils de Dieu a eu lieu dans une étable, une vraie étable avec de vrais animaux, de la vraie poussière, une vraie odeur de purin et de vraies mouches.


Un enfant, deux vieillards et des tonnes de chocolat

Dans l’étable de Bethléem, un enfant naît… et la Bible dit que c’est le sauveur du monde… et la théologie dit qu’en lui le Dieu tout puissant, créateur du ciel et de la terre, vient faire sa demeure parmi les humains.

Il faut avoir les yeux de la foi pour voir le sauveur du monde dans un nouveau-né. Un homme a eu ces yeux, c’est le vieillard Siméon qui se tenait au temple de Jérusalem. Lorsqu’il a vu Joseph et Marie arriver, il a su tout de suite que cet enfant était celui que Dieu envoyait pour répondre à l’attente d’Israël.

L’accueil de Siméon fait écho au fossoyeur du cimetière juif qui a enveloppé d’un suaire un enfant né dans une tombe. Il faut croire la parole des vieillards, ils ont une sensibilité qui s’est aiguisée avec l’âge.

Lorsque Siméon accueille l’enfant né dans une étable, lorsque le fossoyeur accueille l’enfant né dans une tombe, ils voient ce que d’autres ne voient pas, ils voient dans cet événement une visitation du Dieu de la justice et de la miséricorde.

Aujourd’hui, deux mille ans après une naissance et soixante après l’autre, nous nous préparons à célébrer Noël. Notre société fête Noël dans un débordement de consommation. Ce n’est plus le père Noël mais l’hyper-Noël !

Les Français consomment à Noël treize millions de sapins, trente mille tonnes de chocolat, soixante-quinze mille tonnes d’huîtres et six millions de poupées.

Un enfant juif né dans la crasse d’une étable et nous consommons trente mille tonnes de chocolat !

Un enfant juif né dans une tombe pendant la Shoah et nous consommons six millions de poupées !


Des bergers inaptes

Les premiers visiteurs de la crèche ont été les bergers qui gardaient les troupeaux dans les champs. À cette époque, les bergers étaient des hommes méprisés, car ils avaient la réputation d’être des voleurs et des menteurs.

Un commentaire se demande pourquoi les anges se sont adressés à ces bergers un peu voleurs pour leur annoncer la naissance du sauveur ? Comme ils étaient paresseux, ils ont commencé par le plus facile, ils ont essayé d’aller prévenir les habitants de Bethléem. Mais quand ils sont apparus dans le ciel, personne ne les a remarqués parce que tout le monde était enfermé chez soi en train de regarder la télévision. Les anges étaient déçus, car ils avaient une grande nouvelle à faire partager et personne pour l’accueillir. C’est alors qu’un d’entre eux a dit : « Là-bas, dans la campagne, je sais qu’il y a des bergers qui veillent. Comme ils n’ont pas la télévision, ils ont souvent les yeux dans les étoiles. Peut-être qu’eux seront prêts à entendre la nouvelle qu’on doit porter aux hommes. »

Ce sont aux bergers, indignes mais veilleurs, que les anges sont apparus.

C’est à nous, aujourd’hui, que la parole parvient : Aujourd’hui, un sauveur vous est né, qui est le Christ, le Seigneur. Et ceci sera pour vous un signe : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche.

Les bergers ont répondu à l’invitation. Ils se sont levés, ils ont laissé leurs troupeaux et sont allés à Bethléem pour accueillir cette naissance. Nous sommes invités à les imiter.

Aller à Bethléem, c’est déposer nos richesses et nos Noëls factices pour entrer dans notre pauvreté intérieure. Un mystique, Angélus Silesius disait : « Si le Christ était né mille fois à Bethléem, mais pas en toi, tu serais perdu pour l’éternité. » Y a-t-il une image plus éloquente de notre vie que celle d’une étable. Elle est un peu en désordre, il y a des endroits qui ne sentent pas très bon, il fait globalement sombre… mais c’est dans une étable que Jésus est né.


Aller à l’étable

Si Jésus est né dans une étable, c’est qu’il veut faire sa demeure dans notre propre étable.

Trop souvent, nous ne savons que faire de notre vie, nous avons toujours un sentiment d’inachevé. Le message de Noël est que Dieu est venu jusqu’à nous dans l’étable de Bethléem. C’est du plus profond de notre pauvreté intérieure que nous sommes invités à l’accueillir. Nous n’avons plus à courir derrière le sens de notre vie, il nous est donné. L’enfant s’appelle « Dieu avec nous », Dieu nous donne sa vie pour la vivre avec nous.

Aller à l’étable, c’est partager cette modeste prière :

« Seigneur, notre monde est malade, traversé par les désordres, les injustices et les menaces de guerre.

Seigneur, notre société est malade, traversé par les séparations, les rancunes, les tensions économiques et les désordres sociaux.

Seigneur, nos vies sont difficiles, traversé par les deuils, les inquiétudes, les fautes et les fatigues.

Toi qui nous as rejoints dans la pauvreté d’une étable et dans un monde de violence, viens faire ta demeure en nous et nous croirons… au-delà de nos peines et de nos épreuves. »


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