La persécution des chrétiens reste une réalité dramatique dans de nombreux pays. L’ONG Portes Ouvertes, forte de plus de 30 ans d’expertise, publie chaque année son index mondial de la persécution des chrétiens, un classement des 50 pays où les chrétiens sont le plus persécutés. L’index 2025 avait révélé une tendance inquiétante à la hausse avec plus de 380 millions de chrétiens exposés à des persécutions fortes, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie centrale. Décryptons les évolutions, les chiffres clés et les zones qui se démarquent avec Guillaume Guennec, chargé de plaidoyer pour Portes Ouvertes.
D’après nos chiffres, on est désormais à 388 millions de chrétiens exposés aujourd’hui à des fortes persécutions et discriminations en raison de leur foi dans le monde. Ca reste un chiffre impressionnant : 1 chrétien sur 7 dans le monde est confronté à de telles situations. Cette année, on a 15 pays à un niveau de persécution extrême. C’est un record. C’est la treizième année consécutive qu’on relève cette augmentation de la persécution. Cette année, cette augmentation est dû à deux phénomènes : une augmentation des violences physiques contre les chrétiens et des restrictions légales qui, petit à petit, vont rogner les droits de l’homme pour les chrétiens, le droit de se réunir en église, le droit à la conversion, le droit d’exprimer sa foi.
Les pays où il y a le plus de persécutions sont les mêmes que l’année dernière. C’est la Corée du Nord, où le fait de croire en Dieu est une trahison envers le régime, parce qu’en Corée du Nord, il faut vénérer la dynastie des Kim. En deuxième position, on retrouve la Somalie, où les chrétiens n’ont absolument aucun espace pour exister. Le gouvernement dit qu’il n’y a pas de chrétiens en Somalie. Les seuls chrétiens sont des convertis d’arrière plan musulman, traqués par le groupe terroriste Al-Shabaab, qui cherche à tout prix à éradiquer le christianisme et donc à les tuer. Et puis en troisième position, le Yémen, où il y a eu des bombardements américains l’année dernière, qui ont été perçus par les Houthis notamment comme un bombardement chrétien. Ca a attisé la haine anti-chrétienne et ils se sont mis à chercher et traquer de plus en plus les responsables d’églises secrètes qui risquent la torture s’ils sont découverts. Donc ça c’est vraiment les pays où il y a le plus de persécution.
Le plus gros changement dans l’Index cette année, c’est la Syrie. Elle est passée de la 18ème à la 6ème place, avec une augmentation des violences contre les chrétiens et notamment cet attentat suicide en juin dernier attribué à l’État islamique, qui a fait 22 morts et 63 blessés dans l’église Saint-Elias à Damas et qui a durablement traumatisé la communauté chrétienne en Syrie.
Malgré la gravité de ces situations, certains pays montrent des signes d’amélioration et des évolutions positives.
On peut noter la sortie de l’Index du Vietnam, qui a toujours été dans l’Index depuis sa création en 1993. C’est historique, avec moins de faits de violence rapportés. Il y a aussi le Bangladesh, où la situation s’était détériorée l’année précédente. Cette année le nouveau premier ministre a vraiment fait des déclarations dans le sens de la liberté religieuse, qui se sont ressentis aussi dans les faits par une baisse de la persécution contre les chrétiens. Et en Malaisie, qui est juste à la sortie de l’Index, à la 51e place. Il y a eu un jugement historique : la haute cour de Kuala Lumpur a reconnu la responsabilité de l’État et de la police dans l’enlèvement du pasteur Raymond Koh’s en 2017, qui n’a jamais été retrouvé depuis. C’est un message très positif envoyé aux minorités religieuses.
Ces situations nous interpellent forcément et nous poussent à réfléchir. Quelle leçon tirer de l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2026 et qu’elles actions peuvent être menées pour les protéger ?
Je pense que la grande leçon, c’est que dans tous les pays où on essaie de rendre la foi chrétienne impossible, notamment en Corée du Nord, en Somalie et au Yémen, où les chrétiens sont chassés et risquent la mort, et bien malgré ça, la foi chrétienne reste possible. Le fait de croire ce qu’on veut est un droit de l’homme. On pourra tout faire pour l’enlever, les gens continueront d’avoir leur liberté de croire dans le fond du cœur et on ne pourra rien y faire. Je pense que c’est aussi une matérialisation d’un verset de la Bible qui dit que ce qui est impossible aux hommes, est possible à Dieu. On voit que malgré tout ce qui est fait légalement et en termes de menaces pour arrêter le christianisme et l’éradiquer, le christianisme perdure. En Corée du Nord, aujourd’hui, on estime qu’il y a encore 400 000 chrétiens complètement secrets. Des églises souterraines se rencontrent en secret parce qu’ils n’ont pas le droit d’être chrétiens. Et pourtant, ils sont là.
Finalement, la persécution des chrétiens nous concerne tous. Ça veut dire que les droits de l’homme ne sont pas respectés et qu’on a une responsabilité, nous, pour agir. Nous, on a la liberté. Qu’est-ce qu’on fait de notre liberté pour aider ceux qui n’en ont pas ? La première chose que demandent les chrétiens persécutés, c’est qu’on prie pour eux. C’est un appel à tous les croyants : priez pour les chrétiens persécutés. Nous avons aussi une pétition sur notre site internet, qui appelle à la fin des violences contre les chrétiens et les autres minorités religieuses en Afrique subsaharienne, la région du monde où il y a le plus de violences. C’est le nouveau foyer du terrorisme et on appelle vraiment la communauté internationale à agir pour y mettre fin. Pour cela, on a besoin que les citoyens se mobilisent. Signer cette pétition, c’est un petit geste mais qui permet de porter la voix des chrétiens persécutés.
