Alors que nous avons célébré la Journée internationale des droits des femmes, intéressons-nous à une réalité encore trop peu connue : la double vulnérabilité des femmes converties à la foi chrétienne. Dans certains pays, être femme entraîne déjà des restrictions importantes et le fait d’être chrétienne ajoute encore une pression supplémentaire. Arrestations, pressions familiales ou enlèvements : leur engagement chrétien peut les exposer à des dangers très concrets. Laëtitia Kelen, chargée de plaidoyer et de relations presse pour l’ONG Portes Ouvertes, nous partage leur réalité et leur vécu.
Les femmes, dans certains pays et en raison des normes sociales et culturelles, peuvent avoir une valeur moindre aux yeux de la société. Et le fait d’être chrétienne signifie être une sous-classe, un sous-humain presque. Être à la fois une femme et à la fois chrétienne implique qu’il y a bien souvent un coût à payer, par exemple la perte de la garde de ses enfants, la perte de son héritage, de sa communauté, voire même la fin de son mariage, le divorce. Elle peut aussi être beaucoup plus exposée à certaines formes de souffrance, comme les violences sexuelles, qui sont parfois utilisées comme une arme, les violences psychologiques, ou encore des enlèvements de force.
En Afghanistan, par exemple, les femmes sont effacées de la société alors que les talibans clament qu’il n’y a “aucun chrétien dans le pays”. Ce qu’on appelle l’invisibilisation des femmes chrétiennes se manifeste très concrètement dans ce pays.
Les talibans ont forcé les femmes à se cacher de plus en plus de la société. Au début, c’était l’interdiction d’aller à l’école au-delà du primaire, l’interdiction de sortir sans voile ou de voyager sans un tuteur masculin qui les accompagne. Et puis, récemment, le nouveau code pénal afghan autorise même les maris à infliger des châtiments corporels à leurs épouses du moment que ça ne laisse pas de blessures visibles. Donc c’est vraiment une catastrophe et on peut sans peine imaginer la douleur et la souffrance de ces femmes. Contrairement à ce que disent les talibans, il y a des chrétiens en Afghanistan, mais ils sont effectivement très peu nombreux. Et donc l’invisibilisation survient du fait que ces femmes doivent se cacher à tout prix pour se soustraire à ce que le régime taliban impose à toute la société, aux femmes et également aux chrétiens.
Dans certains pays, comme en Érythrée, en Iran ou encore au Nigeria, les femmes chrétiennes peuvent être emprisonnées, condamnées ou enlevées pour leur foi. Quelles formes prennent très exactement ces pressions aujourd’hui dans ces pays ?
La pression principale que l’on met sur ces femmes, c’est de faire en sorte qu’elles abandonnent leur foi chrétienne. Et pour cela, on utilise différents moyens. Par exemple, en Érythrée, une jeune femme qui s’appelle Hiwot (pseudonyme), a été emprisonnée après avoir rejoint une église évangélique. Elle a passé près de dix ans dans un conteneur métallique, avec une chaleur très intense la journée, un froid glacial la nuit et en étant privée de soins. L’emprisonnement est un des moyens utilisés pour la pousser à renier sa foi.
Cet emprisonnement se manifeste aussi en Iran. Le 8 mars de l’année dernière, donc lors de la Journée internationale des droits des femmes, une jeune femme a été condamnée à 16 ans de prison pour ses activités chrétiennes.
Cette pression peut aussi prendre la forme d’enlèvement, comme on le voit beaucoup au Nigeria. Les femmes sont souvent enlevées pour être soit mariées de force à des musulmans extrémistes, des djihadistes, ou alors pour servir d’esclaves sexuelles. Et malheureusement, c’est le cas de Leah Sharibu dont vous avez peut-être entendu parler. Elle a été enlevée en 2018, à l’âge de 14 ans. Ça s’est passé lors d’un enlèvement de masse, mais elle est la seule à être encore captive du groupe terroriste, parce que c’est la seule à s’être identifiée comme chrétienne.
Donc on voit bien toutes ces pressions pour que les chrétiennes abandonnent leur foi, qui bien souvent ne fonctionnent pas. Beaucoup d’entre elles témoignent qu’elles tiennent ferme malgré tout, mais c’est d’une difficulté extrême.
Mieux comprendre ce que vivent ces chrétiennes, c’est aussi pouvoir mieux les défendre. Lorsque la liberté religieuse est bafouée, les violences faites aux femmes s’intensifient. Défendre cette liberté revient donc à défendre leurs droits fondamentaux. Et chacun, à son niveau, peut contribuer à les soutenir et à leur venir en aide.
La liberté de religion, la liberté de penser librement, la liberté de conscience, sont des droits fondamentaux décrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen et également dans le Pacte international des droits civils et politiques, ratifié par 175 États. Protéger la liberté religieuse revient aussi à protéger le droit des femmes, pas simplement les femmes chrétiennes, mais les femmes de toutes les religions.
Chaque mois, l’ONG Portes Ouvertes propose un projet à soutenir. Pour ce mois de mars, le projet du mois est justement de soutenir les femmes chrétiennes persécutées en raison de leur foi. Nous avons pour objectif de leur apporter par exemple des formations professionnelles ou des cours d’alphabétisation qu’elles n’ont peut-être pas eus. On organise également des groupes d’entraide, un accompagnement post-traumatique, des formations bibliques et une aide d’urgence lorsque c’est nécessaire. C’est un moyen très concret pour soutenir ces femmes-là. Et puis, simplement, le fait de parler de ce qu’elles vivent, c’est aussi un moyen de montrer qu’elles ne sont pas oubliées et qu’on se préoccupe de leur situation.
Une émission de Phare FM
