L’année 2025 a été marquée par une intensification des attaques contre les chrétiens en Afrique subsaharienne. La République démocratique du Congo reste l’un des foyers les plus alarmants. À Komanda, en juillet, 43 chrétiens ont été tués lors d’une messe nocturne, suivis en septembre par 70 fidèles massacrés pendant des funérailles catholiques, puis en novembre par au moins 20 victimes dans un centre chrétien du Nord-Kivu. À l’occasion de la publication de l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2026 par l’ONG Portes Ouvertes, Jean-Pierre Elikia (pseudonyme), responsable religieux et directeur d’une radio locale, témoigne de ces drames. Rescapé de l’attaque du 27 juillet à Komanda, attaque qui a ôté la vie à un membre de votre famille, il nous raconte comment se sont déroulés ces événements tragiques.

Un groupe de jeunes chrétiens s’est rassemblé dans une église catholique à Komanda. Tout d’un coup, il y a eu l’incursion de rebelles, des djihadistes. Ils se sont introduits dans cette église et ont commencé à massacrer les femmes, les vieillards, les jeunes gens qui étaient là. Ca a été une catastrophe terrible. À côté de cette église, il y avait le véhicule de mon beau-frère, le petit-frère de mon épouse. Ce véhicule devait transporter ces jeunes chrétiens dans un autre village, à  50 km de là. On ne sait comment ces rebelles ont eu l’information. Ils sont allés brûler ce véhicule. Malheureusement, dans ce véhicule, il y avait deux personnes : l’enfant de ma belle-sœur, qui était à l’intérieur, et puis un autre garçon. Le garçon a pu s’échapper. Il a vite ouvert la porte du véhicule et a sauté. Malheureusement, on l’a fusillé. Il est mort quelques minutes après. L’autre personne du véhicule n’a pas pu s’échapper. On l’a brûlé vif. Le véhicule a été calciné ainsi que son corps. Voilà un peu.

Quand on vit ces événements, c’est la désolation totale. Les gens se posent plusieurs questions. Nous-mêmes aussi. Pourquoi faire de telles choses ? Vous savez, quand on voit les corps massacrés, c’est vraiment inhumain. Ces djihadistes, en principe, n’utilisent pas les fusils. Ils utilisent surtout les couteaux. C’est tellement grave. La peur gagne le cœur, l’âme, l’esprit de tout le monde.

Engagé pour la paix et la réconciliation depuis plus de 30 ans, Jean-Pierre Elikia poursuit aujourd’hui encore son engagement et ce, malgré ces drames. Dans ce contexte de violence extrême envers les chrétiens, il croit la réconciliation possible.

Notre vision est de voir les coeurs des congolaises transformées par l’évangile, afin qu’ils vivent tous la main dans la main dans un pays en paix. C’est notre conviction. Nous poursuivons à restaurer la paix chez les personnes qui ont subi des traumatismes par la guerre, pour qu’elles puissent trouver le réconfort après avoir subi des choses affreuses, des choses difficiles, des choses inhumaines. Nous aidons la communauté à vivre ensemble.

Des actions concrètes peuvent être mises en place pour restaurer la paix entre les communautés et venir en aide à ces chrétiens en proie à la  violence.

La plus grande chose, c’est d’abord de prier. Prier pour que Dieu, à travers son Saint-Esprit, puisse donner la force aux minorités chrétiennes de continuer à parler de leur foi. Quand on subit de telles choses, on risque de perdre l’espoir, peut-être même abandonner la foi chrétienne. L’urgence est de prier. Prier que Dieu fasse quelque chose.

Notre souci est que le monde ne ferme pas la bouche, que le monde parle de cette situation. Beaucoup de gens ne savent pas ce qui se passe. Alors il ne faut pas croiser les bras, il faut parler, dénoncer et intercéder.

On peut aussi faire appel aux aides humanitaires. Par exemple, au mois de décembre, les chrétiens de ma région ont fêté Noël dans un état vraiment critique. Ils n’ont pas pu aller au champ chercher la banane, la patate douce ou les légumes. Ils ont été contraints de ne pas aller au champ parce que ces rebelles pensaient que cette fête de Noël, c’était une fête chrétienne. Alors il fallait coûte que coûte, empêcher que ces chrétiens puissent savourer la naissance de leur Messie. C’était terrible.

S’il est donc urgent d’agir pour préserver la sécurité des chrétiens en République démocratique du Congo et au-delà, il y a toutefois des signes d’espoir.

Dans certains villages abandonnés il y a plus de cinq ans, les gens commencent à rentrer. Le gouvernement de mon pays, avec les moyens qui sont disponibles,  essaie de restaurer la paix pour sa population, en collaboration avec les Nations Unies. C’est un peu fragile, mais cela nous donne l’espoir que quand nous sommes tous soudés, quand le gouvernement fait quelque chose, l’Église fait quelque chose, que la population brise la peur, les gens pourront un jour vivre paisiblement dans leur village, dans leur Église, dans notre pays, surtout à l’Est. L’espoir est là puisque le Seigneur est toujours là. Il y a un passage de la Bible qui dit ceci : les ténèbres ne resteront pas pour toujours. Toute chose a toujours un début et une fin.

Image d’illustration. Chrétiens dans une église à l’Est de la RDC. Crédit photo : Portes Ouvertes

Une émission de Phare FM.