Le carnaval évoque aujourd’hui les déguisements, les confettis et la fête, mais ses origines sont bien plus anciennes. Présent dans de nombreuses régions françaises et tout autour du monde, il fait partie d’un patrimoine culturel vivant, transmis de génération en génération. Entre origines et traditions, découvrons les plus beaux carnavals de France et du monde avec Stéphan Szeremeta, directeur éditorial du Petit Futé.
Aujourd’hui, le carnaval, c’est la fête, des confettis, des chars et des déguisements. Avant, ce n’était pas ça. On ne faisait pas la fête pour s’amuser, mais pour tenir. C’était la fin de l’hiver, les réserves étaient presque vides, les corps fatigués. C’est un peu une façon de dire « on est encore là », on crie, on tape, on rit fort. C’était une affirmation de la vie. À Rome, on avait les Saturnales, au cours desquelles les règles sociales étaient officiellement suspendues. Au Moyen Âge, le carnaval est une soupape officielle : pendant quelques jours, on s’autorise ce qui est normalement interdit. Le fou devient roi, le grotesque est visible, on peut caricaturer les puissants. C’est un espace d’expression.
En France, certaines villes perpétuent cette tradition avec ferveur et attirent chaque année des milliers de visiteurs. Parcourons les routes de France pour découvrir les plus grands carnavals et ceux, plus discrets, mais tout aussi riches culturellement.
Le carnaval de Nice existe depuis le XIIIe siècle et va se structurer et se scénariser avec les chars monumentaux. C’est un beau spectacle urbain. On a bien sûr la satire politique et également quelque chose de très poétique, avec la bataille de fleurs, qui date du XIXe siècle. Les chars couverts de fleurs font quelques tours puis vous jettent des fleurs. C’est un moment absolument magique !
Dunkerque, c’est le carnaval de l’excès total qui date du XVIIe siècle. Ces fêtes étaient organisées parce que les marins partaient pour la grande pêche à la morue, un voyage dangereux. C’était un rite de survie où on faisait la fête à fond. On a des bandes qui font des défilés avec des participants déguisés de façon parfois absurde, parfois assez laide, des chansons criées à pleine voix. Et puis il y a le rigodon final, un moment très collectif et de très grande intensité.
On pourrait aller également à Granville. Ce carnaval date du XIXe siècle et est aussi un carnaval maritime. Un patrimoine classé patrimoine mondial de l’UNESCO. Limoux, c’est le plus ancien et le plus long. Il apparaît en 1604. Il y a beaucoup de carnavals en France quand on prend le temps de s’y intéresser.
Certains carnavals vont encore plus loin avec une dimension spectaculaire et une renommée internationale. Si chaque carnaval possède son identité, certains fascinent par leur beauté, leur créativité ou leur atmosphère unique. Ces festivités sont devenues de véritables symboles culturels et attirent des millions de visiteurs venus vivre des moments inoubliables.
Venise est peut-être un des plus emblématiques d’Europe. Il est apparu au Moyen Âge, dans une société très rigide. Le carnaval était une façon de canaliser les tensions sans perdre le contrôle. Il durait plusieurs mois à certaines époques. C’est une scène diffuse dans les places, les ruelles, les palais, sous forme de petites déambulations costumées.
Au Royaume-Uni, le carnaval de Notting Hill est très urbain. C’est la mémoire et la résistance, né dans les années 1950-1960, dans un contexte d’immigration caribéenne après la Seconde Guerre mondiale et donc de discriminations raciales. Ce carnaval était imaginé comme une réponse culturelle à cette violence. Ce sont des sound systems géants, musique, calypso, soca, reggae, en costumes incroyables. C’est un carnaval assez étonnant.
À l’échelle mondiale, on doit parler de Rio, au Brésil, avec les écoles de samba. Là, on est plutôt au XXe siècle. La compétition au Sambodrome entre les écoles de samba est absolument unique. À la Nouvelle-Orléans, aux États-Unis, c’est aussi une grande fête, avec des défilés pendant deux mois. J’aime beaucoup aussi le carnaval de Montréal, dont le symbole est le bonhomme Carnaval, symbole de l’endurance, de la convivialité, de l’identité québécoise. Là, on fait le carnaval parce qu’on résiste ensemble au froid.
Mon coup de cœur absolu est le carnaval d’Oruro, dans les Andes boliviennes. C’est un carnaval sacré. Ce sont des processions de plusieurs kilomètres, des milliers de danseurs qui viennent de tout le pays, organisés en confréries. Et l’arrivée se fait dans l’église. C’est une dévotion à la Vierge. Ils y arrivent épuisés, pleins d’émotions. C’est une explosion de joie. C’est assez étonnant.
Une émission de Phare FM.
