PFAS : procès, scandales sanitaires et nouvelles réglementations (Partie 2)

Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées, sont aujourd’hui au cœur d’un débat mondial sur la pollution chimique. Après avoir retracé leur découverte et leurs usages dans une première chronique, cette seconde partie s’intéresse aux controverses sanitaires, aux procès et aux tentatives de régulation de ces substances souvent qualifiées de « polluants éternels ».

Une contamination révélée aux États-Unis

L’un des scandales les plus emblématiques débute autour de la ville de Parkersburg, en Virginie-Occidentale. L’entreprise chimique DuPont y exploite pendant des décennies une usine produisant notamment du Teflon.

Dans les années 1990, un agriculteur local constate la mort inexpliquée de plusieurs vaches. Son exploitation se situe près d’un canal de rejet provenant de l’usine. Des analyses et études scientifiques menées dans la région mettent alors en évidence une contamination massive par le PFOA, également appelé C8.

Ces recherches établissent un lien entre cette molécule et plusieurs pathologies, notamment des maladies du foie et certains cancers. Les révélations déclenchent alors une série d’actions judiciaires contre l’entreprise et aboutissent à des accords financiers importants ainsi qu’à des programmes de dépollution.

Le PFOA : un polluant persistant et bioaccumulatif

Contrairement à une idée répandue, le Téflon lui-même n’est pas considéré comme le principal danger. Le PTFE, la molécule qui compose ce revêtement, est très longue et difficilement assimilable par l’organisme. Elle est généralement éliminée.

Le problème réside surtout dans les substances utilisées lors de sa fabrication, en particulier l’acide perfluorooctanoïque (PFOA). Cette molécule, plus courte et mobile, peut être absorbée par le corps humain.

Comme de nombreux PFAS, elle possède une caractéristique inquiétante : elle ne se dégrade pratiquement pas dans l’environnement. Elle s’accumule dans les sols, les eaux et les organismes vivants.

Aujourd’hui, des traces de PFOA ont été détectées dans des régions très éloignées des zones industrielles, y compris dans les océans ou les glaciers. Des études montrent également que la majorité de la population mondiale en possède des traces dans le sang.

Des réglementations tardives et fragmentées

Malgré les premières alertes scientifiques, la reconnaissance officielle de la dangerosité du PFOA a été lente. En Europe, la molécule n’est reconnue comme problématique qu’en 2013. Son utilisation est finalement interdite dans l’Union européenne en 2020.

Mais cette réglementation ne concerne qu’une seule molécule parmi des milliers. En modifiant légèrement la structure chimique, les industriels peuvent créer de nouveaux composés présentant des propriétés similaires tout en échappant aux interdictions existantes.

Ce phénomène est souvent décrit comme un jeu du chat et de la souris entre réglementation et innovation chimique.

Vers une interdiction globale des PFAS ?

Face à cette situation, plusieurs pays européens ont proposé en 2023 une mesure beaucoup plus ambitieuse auprès de l’Agence européenne des produits chimiques. L’objectif est de restreindre plus de 10 000 molécules appartenant à la famille des PFAS en une seule réglementation.

La proposition est encore en cours d’examen, mais elle pourrait constituer l’une des régulations chimiques les plus importantes jamais envisagées en Europe.

Une pollution difficile à maîtriser

La complexité du problème tient aussi au fait que le PFOA ne provient pas uniquement de la fabrication du Téflon. Certaines substances fluorées présentes dans l’environnement peuvent se transformer lentement en PFOA.

C’est notamment le cas de certains pesticides, de mousses anti-incendie ou de textiles imperméables. Par exemple, le sulfluramid, un pesticide utilisé contre les fourmis coupe-feuilles, peut se dégrader progressivement en PFOA au contact de l’eau et de l’air.

Des substances encore indispensables à certaines industries

Malgré les préoccupations environnementales, les PFAS restent aujourd’hui difficiles à remplacer dans plusieurs secteurs industriels. Leurs propriétés, résistance chimique, stabilité thermique et caractère antiadhésif, sont uniques.

Ils sont notamment utilisés dans la fabrication de composants électroniques avancés, y compris dans l’industrie des semi-conducteurs, un domaine stratégique pour les technologies modernes.

Ainsi, les PFAS illustrent un dilemme majeur de l’industrie contemporaine : des substances extrêmement utiles mais dont la persistance dans l’environnement pose des défis sanitaires et réglementaires considérables.

A écouter également :

Ramène ta science est une chronique proposée par les élèves de l’Ecole des Mines d’Alès.