On estime qu’une traduction de la Bible doit être révisée à chaque génération, environ tous les 30 ans. En 2025, l’Alliance biblique française lance officiellement la révision de la Traduction œcuménique de la Bible, un chantier majeur qui s’étendra sur cinq ans et mobilisera près de 100 spécialistes issus de différentes confessions chrétiennes.
Pourquoi cette révision ? Comment traduit-on un texte aussi ancien pour des lecteurs d’aujourd’hui ? Et quelles limites rencontre-t-on lorsqu’on cherche l’exactitude ?
Réponses avec Jean-Claude Verrecchia, invité de PHARE FM.
Pourquoi réviser une traduction tous les 30 ans ?
La nécessité tient à plusieurs facteurs :
- La langue change, et le français parlé aujourd’hui n’est plus celui d’il y a 20 ou 30 ans.
- Les modes de communication évoluent, influençant la manière dont les lecteurs reçoivent un texte.
- Les recherches bibliques progressent, apportant de nouveaux éclairages linguistiques et culturels.
« Le public change, la langue change, les modes de communication changent. »
Cette révision n’est donc pas une remise en question, mais un travail naturel d’actualisation.
Un chantier qui mobilise toute la francophonie chrétienne
L’un des aspects uniques de la TOB (Traduction Œcuménique de la Bible) est son caractère œcuménique. Catholiques, protestants (historiques et évangéliques) et orthodoxes collaborent à une traduction commune destinée à toute la francophonie.
Avant le lancement officiel, un premier test avait été réalisé entre 2016 et 2020 sur deux livres bibliques, Osée et Galates, preuve du temps et de la rigueur nécessaires.
Fidélité au texte ou compréhension du lecteur ?
Les traducteurs de la TOB privilégient ce qu’on appelle l’équivalence formelle : traduire ce qui est dit, comme c’est dit.
« On privilégie le texte source. »
D’autres traductions privilégient davantage le lecteur (équivalence dynamique), cherchant à simplifier ou interpréter le sens.
La TOB, elle, choisit l’exigence textuelle.
Traduire, c’est aussi interpréter
Toute traduction porte un degré d’interprétation, même involontaire.
Jean-Claude Verrecchia l’explique avec une image : traduire, c’est jeter un filet sur les mots. Aucun filet n’attrape tout parfaitement.
« Les mailles ne recouvrent pas toujours complètement ce qu’il y a en dessous. »
C’est pourquoi plusieurs versions ne sont pas un problème, mais une richesse.
La TOB, une Bible d’étude
La TOB n’est pas pensée comme une première lecture de la Bible, mais comme un outil destiné à ceux qui veulent aller plus loin.
Elle inclut des notes explicatives, mais jamais prescriptives.
« On ne dit pas au lecteur ce qu’il doit croire. On le traite en adulte. »
Ces règles garantissent le respect des différentes sensibilités chrétiennes.
Existe-t-il une “meilleure” traduction de la Bible ?
Jean-Claude Verrecchia répond sans détour :
« Ce n’est pas une bonne question. La meilleure traduction, c’est celle qui correspond au lecteur. »
Un adolescent, un débutant, un chercheur, un lecteur occasionnel… chacun n’a pas les mêmes besoins. L’enjeu n’est pas d’imposer une traduction, mais d’accompagner.
Une révision pour révéler encore davantage la richesse du texte
La nouvelle TOB n’a pas pour vocation de révolutionner le texte, mais de l’affiner.
À force de traduire, relire, retravailler, les traducteurs polissent ce qui a été “extrait du sol”.
« À force de les polir, les pierres deviennent de plus en plus brillantes. »
Une émission de Phare FM
