La famille reste, pour les Français, leur première source de joie. Pourtant, il arrive qu’elle devienne fragile. Ruptures, difficultés conjugales ou éducatives pèsent sur les parents comme sur les enfants. Prendre soin de la famille devient alors un enjeu de société. En France, près de 250 000 divorces ont lieu chaque année, un taux de divorcialité qui atteint 45 % depuis plusieurs années maintenant. Thierry Veyron la Croix, président de Familya, revient sur les causes de cette fragilisation des couples et des familles.

Cette fragilisation est multifactorielle. Elle vient déjà d’un premier défi : le temps qu’on va passer ensemble dans notre vie. Aujourd’hui, se marier, c’est décider de passer 20 000 soirées et 3 000 week-ends avec la même personne. C’est donc normal d’avoir des hauts et des bas dans la vie de couple. Parfois, au lieu de se dire qu’on va travailler à restaurer la relation, à faire ce qu’il faut pour l’entretenir correctement, les gens vont un peu rapidement vers la séparation.

Les conséquences de ces ruptures sont multiples : solitude, isolement, crise du logement, mal-être ou encore délinquance. Les séparations sont à la fois un drame intime mais également un enjeu social.

Ces ruptures sont la première cause de pauvreté en France, devant les bas salaires ou le chômage. En moyenne, c’est une baisse de niveau de vie chez les femmes de 20 %, de 3 à 5 % chez les hommes, d’après l’INSEE. Une femme sur cinq va basculer dans la pauvreté suite à une rupture. Donc, c’est déjà un énorme enjeu. Puis, il y a le manque de logement. Pour un couple qui se sépare, il faut trouver 0,7 logement supplémentaire, puisque certains se remettent tout de suite en couple, d’autres retournent chez leurs parents. Donc, les conséquences vont bien au-delà de conséquences déjà terribles, individuelles, de souffrance personnelle de cette séparation ou de souffrance pour les enfants.

Les difficultés familiales, qu’elles soient conjugales ou parentales, sont souvent abordées tardivement. Il est difficile pour les couples ou les parents d’oser demander de l’aide.

Entre le besoin, qui est assez gigantesque, et la demande, il y a un très grand écart. Selon une étude d’impact social, quand un couple vient consulter un conseiller conjugal, cela fait plus de deux ans qu’il est en difficulté. Pour nous, le conseiller conjugal est le médecin généraliste du couple. Dans les hauts et les bas de la vie de couple, il est normal de se faire parfois accompagner. Que le couple traverse une petite grippe ou une angine, il faut aller chez le médecin. Nous souhaitons, pour notre société, que ça devienne aussi naturel que d’appeler son dentiste quand on a une rage de dents. Ça fait 6-8 mois que c’est compliqué dans notre couple ? Appelons un conseiller conjugal, faisons 4-5 séances et puis la vie continue.

La fragilisation des familles n’est heureusement pas une fatalité, mais plutôt un défi auquel il est possible de répondre. Dans un contexte où les liens familiaux sont souvent mis à l’épreuve, Familya propose une approche fondée sur l’éducation à la relation. Ces lieux ressources accueillent chacun sans distinction, offrant un espace bienveillant. Les maisons familiales reposent sur l’idée que la famille est le premier lieu où l’on apprend à se parler, s’écouter, se respecter et s’aimer.

Un peu comme tout, il n’y a rien de complètement inné ni de complètement acquis, mais il y a une part d’acquisition possible. Et donc, apprendre à communiquer, connaître les langages de l’amour de l’autre, mieux se connaître, mieux connaître l’autre, unifier corps, cœur, esprit, sont des progrès qui ont été faits en sciences humaines. L’objet des maisons familiales est d’être des maisons de santé relationnelle.

On y propose toute une partie consacrée à des consultations : consultations conjugales, familiales ou individuelles. Les consultations de médiation familiale s’adressent essentiellement aux couples qui ont déjà pris la décision de se séparer ou de divorcer, mais qui restent en conflit sur la pension alimentaire, sur l’éducation et la question souvent conflictuelle de l’hébergement des enfants.

Ensuite, il y a toutes les propositions collectives. Ça peut être des ateliers, des parcours, des formations ou des groupes de parole. On essaie d’être présent à tous les âges de la vie. Auprès des enfants, avec des ateliers sur la découverte et la gestion des émotions, jusqu’à des parcours pour les personnes qui arrivent à l’âge de la retraite, qui ont encore 6 000-7 000 soirées à passer ensemble. Et puis, dans l’intermédiaire, on a beaucoup de propositions pour prendre soin de son couple ou aider les parents à avoir des clés pour éduquer les jeunes enfants ou leurs adolescents.

Grâce à cet accompagnement, 73 % des séparations, qui semblaient au départ inéluctables, ont finalement été évitées.

Nous créons les conditions pour que ces personnes trouvent une issue à leurs difficultés. Pour certaines, l’issue va être la séparation parce qu’elles n’ont pas trouvé, malgré l’accompagnement, le moyen de poursuivre. Et pour d’autres, les trois quarts d’entre elles, ça va être de restaurer la relation et de repartir sur un meilleur pied.

Une émission de Phare FM.