Entre les initiatives privées et un climat social anxieux, les débats se multiplient. 2025 a marqué un record historique de baisse de natalité, avec un solde naturel négatif et un indice de fécondité en berne. Ce début d’année 2026 confirme cette tendance, avec un nouveau recul des naissances. Aziliz Le Corre, journaliste et essayiste, nous éclaire sur ces évolutions sociétales.
On a énormément pointé, ces dernières années, l’aspect matériel lié à cette question. En revanche, je pense qu’on n’aborde pas assez la dimension philosophique. Nous sommes dans un monde dans lequel l’idée de se donner pour un autre est une idée assez difficile. On a du mal à se dire que, demain, notre emploi du temps va être totalement revisité parce que nous allons devoir nous occuper d’un autre que nous-mêmes, et dépendre de cet autre puisque nous en sommes responsables. Pour beaucoup de jeunes gens de la génération Y et Z, aujourd’hui en âge de procréer, c’est extrêmement difficile de se projeter dans cette aventure-là. Beaucoup préfèrent donc simplement jouir des instants présents, être toujours en mouvement et ne jamais dépendre de quelqu’un. Je crois que c’est une illusion de liberté.
La SNCF a fait polémique avec sa classe business sans enfants, symbole d’un débat toujours plus présent sur la place des enfants dans l’espace public. Cette tendance no kids représente un changement culturel profond quant à la place des enfants dans la société.
On pourrait se dire que c’est simplement une polémique qui a un peu enflé et qu’après tout, en classe business, on peut espérer pouvoir travailler tranquillement sans qu’il y ait de bruit et de dérangement. Sauf que ces classes business ont toujours existé. Ce qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui, ce tampon “No kids” est un argument marketing. Et là, ça devient problématique, parce que si cet argument marketing est employé, c’est bien qu’il va y avoir un marché et des gens intéressés. Donc, on voit bien que c’est une mentalité qui commence à ronger la société. On n’a plus le cœur à jouir, à vivre pleinement. Le simple fait de voir un enfant qui surgit, un enfant qui n’est pas encore totalement formaté par le moule social, qui peut pousser des cris ou nous parler inopinément, nous gêne. On est incapable d’accueillir la vie, même dans sa spontanéité.
Versement familial unique de 250 euros, congé parental unifié, prêt à taux zéro, avantages fiscaux… des mesures fortes ont été proposées pour répondre à ce que le gouvernement a appelé “un désir d’enfant empêché”. Ces nouvelles propositions ont pour objectif d’inverser la tendance démographique en levant les blocages qui empêchent les Français d’avoir les enfants qu’ils souhaitent.
C’est une petite révolution par rapport à ce qu’on a pu connaître ces dernières années. Il est vrai que la France a une culture de politique familiale très affirmée depuis la Libération, après la Seconde Guerre mondiale. Sous François Hollande, il y avait eu une rupture avec cette tradition-là, puisque les allocations familiales n’étaient plus universelles, mais sous condition de revenus. Et là, les propositions qui sont faites par Constance de Pelichy et Jérémie Patrier-Leitus viennent réaffirmer que la famille est le socle de notre société. Ça veut dire qu’ils tournent les efforts vers l’avenir.
Je crois que l’enfant peut retrouver une place dans notre société. L’enfant, au fond, c’est la possibilité de poser un regard neuf sur les choses, de renouveler notre monde, de se dire que l’avenir peut être meilleur, même dans des temps extrêmement moroses, où des guerres éclatent partout dans le monde, où nous avons des difficultés financières, etc. L’enfant est celui qui nous arrache à cette complainte, qui nous oblige à aller de l’avant, à nous battre pour que les générations futures vivent mieux.
Une émission de Phare FM.
