On imagine volontiers que l’amour d’un parent pour son enfant est immédiat, instinctif, presque automatique. Mais la pratique thérapeutique raconte une histoire bien plus subtile. Raphaëlle de Foucauld, thérapeute spécialisée dans les relations affectives et familiales, nous aide à comprendre les dynamiques profondes qui façonnent le lien parent-enfant.
L’attachement : un mécanisme biologique, mais aussi relationnel
Selon Raphaëlle de Foucauld, il existe dès la naissance un aspect physiologique incontournable. L’arrivée d’un bébé déclenche chez la mère une sécrétion d’hormones favorisant l’attachement.
« La maman sécrète des hormones d’attachement qui l’aident à s’attacher très vite à son bébé. Mais l’attachement, ce n’est pas qu’une question d’hormones : il faut ensuite le nourrir, le sécuriser, le construire. »
Pour illustrer la dimension relationnelle de l’attachement, elle évoque une scène simple : un bébé qui pleure. Lorsqu’un parent répond, rassure, prend dans les bras, la sécurité se construit. Quand personne ne vient, le silence fait naître la peur.
« Un bébé apaisé apprend que le monde répond à ses besoins. Un bébé laissé seul apprend… l’insécurité. »
Pourquoi autrefois disait-on “laisse pleurer le bébé” ?
La thérapeute rappelle que la vision moderne du lien parent-enfant s’est construite progressivement.
La science a longtemps sous-estimé l’importance du réconfort physique, jusqu’aux expériences fondatrices menées au XXe siècle.
« On a découvert qu’un enfant ne se développe pas seulement parce qu’on le nourrit : il a besoin qu’on le cajole, qu’on prenne soin de lui. L’affection est aussi vitale que le biberon. »
Aujourd’hui, les jeunes parents sont beaucoup plus sensibles au lien, à la sécurité affective et à l’expression des émotions.
Attachement et amour : deux réalités à distinguer
Raphaëlle de Foucauld insiste sur un point fondamental : aimer son enfant et instaurer un attachement sécurisé sont deux choses différentes.
« On peut aimer profondément son enfant et pourtant construire un attachement insécure, simplement parce que nos paroles et nos gestes ne sont pas cohérents pour lui. »
Elle donne un exemple très concret : un parent promet un gâteau au chocolat pour le goûter, puis arrive finalement avec un pain au lait. L’enfant n’analyse pas la situation rationnellement ; il perçoit une incohérence. Répétée, elle s’inscrit dans son système affectif.
« Un enfant apprend à faire confiance quand les paroles et les actes s’accordent. Sinon, il développe de l’appréhension. »
Quand l’amour parental prend du temps à venir
Il arrive que certains parents ne ressentent pas immédiatement ce lien tant idéalisé. Souvent, cela révèle des blessures plus anciennes.
« Quand on a grandi dans l’insécurité, on peut avoir peur de la relation. Peur de mal faire, peur de se tromper, peur de ne pas être un bon parent. Et on peut reproduire cette insécurité auprès de son propre enfant. »
Mais la thérapeute tient à rappeler une réalité essentielle : la résilience est immense, et le lien peut toujours se construire.
« On n’est pas condamnés à répéter le passé. On peut travailler dessus, se faire accompagner, et créer une relation différente avec son enfant. »
Et si le lien ne se crée pas du tout ?
Pour Raphaëlle de Foucauld, les cas où aucun lien ne se crée sont rarissimes et relèvent, dans la majorité des situations, de difficultés psychologiques sévères.
« Une maman s’attache presque toujours à son enfant, parfois plus lentement, mais elle s’attache. Le “non-lien” total n’existe pratiquement pas, sauf dans des cas très particuliers. »
Lorsqu’un parent a l’impression de ne rien ressentir, la priorité est d’être entouré, soutenu, et de ne pas rester seul avec ce ressenti.
Aux parents qui se sentent “à côté”, un message d’apaisement
Les parents qui ne ressentent pas le fameux “coup de foudre” peuvent se sentir anormaux, coupables, honteux. Raphaëlle les invite à revoir leurs attentes.
« Beaucoup d’entre nous ont une image idéalisée de la parentalité, nourrie par les livres, les réseaux sociaux ou leurs propres fantasmes. Et la différence entre l’idéal et la réalité s’appelle la déception. »
Elle rappelle que l’enfant n’est jamais identique d’un jour à l’autre, et que les parents non plus.
« Il y a des jours où tout roule, et d’autres où rien ne fonctionne. C’est pareil pour les adultes. On n’est pas égaux émotionnellement tous les jours. »
Plutôt que de se poser “50 milliards de questions”, elle recommande de revenir à l’essentiel.
« Créez le lien. Pas la perfection. Pas le parent idéal. Juste la sécurité, la présence, la constance. L’enfant n’a besoin que de ça. »
Une émission de Phare FM.
