La puberté est l’étape charnière entre l’enfance et l’entrée dans l’âge adulte, menée par un orchestre hormonal qui transforme le corps et le cerveau. Poussée de croissance, pilosité et voix qui mue pour les garçons, apparition des premières règles et poitrine qui se développe chez les jeunes filles. À quoi sont dus ces changements physiques ? Démystifions cette période souvent mal comprise, bien qu’universelle, avec le Dr Alena Majdling, spécialiste en gynécologie.
La puberté est une période cruciale dans notre vie. C’est une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte, au cours de laquelle on va activer notre fertilité, notre capacité de reproduction, donc notre capacité à donner la vie. Elle débute en moyenne chez les petites filles autour de 9 ans et demi. Chez les petits garçons, elle est un peu plus tardive, en moyenne autour de 10 ans et demi. Cette puberté dure de 4 à 6 ans, donc c’est un processus progressif, qui va varier d’un enfant à l’autre.
Chez les petites filles, la puberté commence avec la première poussée mammaire et chez les garçons avec l’augmentation du volume testiculaire. C’est une période de vrais chamboulements émotionnels, physiques et psychiques. Tous ces changements sont déclenchés par ce qu’on appelle l’activation du système hormonal reproducteur qui était jusque-là au repos. Le cerveau va envoyer des signaux hormonaux aux ovaires chez la petite fille et aux testicules chez le garçon, qui jusque-là étaient au repos et qui vont se mettre à produire des hormones. C’est ce qui va entraîner la poussée de croissance, les seins, l’apparition des règles, la pilosité.
La puberté est donc une réorganisation du corps et du cerveau. Si elle pose les bases de l’entrée progressive dans l’âge adulte, ces transformations peuvent être déroutantes. Sautes d’humeur, hypersensibilité, colère, les émotions sont souvent exacerbées lors de la puberté.
Le cerveau va subir un vrai remaniement. Certaines zones vont se densifier, alors que d’autres vont être éliminées parce qu’elles sont inutiles. Les hormones sexuelles sécrétées par les ovaires et les testicules vont aller modifier le fonctionnement direct du cerveau. Les œstrogènes et la progestérone vont participer à ce qu’on appelle la plastie cérébrale, c’est-à-dire que le cerveau va être capable d’apprendre, de mémoriser, de s’adapter à des expériences. Donc c’est un cerveau qui est encore en construction ; il est prêt à apprendre, mais il n’est pas encore totalement mature.
Les zones du cerveau vont se développer à des vitesses différentes. Par exemple, le système limbique, responsable des émotions, mais aussi de la récompense, va se développer plus tôt chez les adolescents. Cela peut expliquer pourquoi ils ont des réactions émotionnelles plus intenses, ils vont rechercher des sensations nouvelles, avoir une impulsivité plus importante. Alors que d’autres zones, chez les adolescents, se développent beaucoup plus lentement, notamment le cortex préfrontal, responsable de la planification, du contrôle et du jugement. Ce qui explique pourquoi ils ont parfois des difficultés temporaires à réguler leurs émotions, à prendre du recul. Donc ces adolescents sont émotionnellement plus intenses, plus impulsifs et ont parfois plus de mal à rationaliser leurs décisions. C’est normal. Ces comportements sont liés à un développement cérébral et non à un manque de volonté comme on pourrait parfois le penser.
Chaque jeune va traverser cette période d’une façon particulière. Comment faire alors pour les accompagner au mieux dans cette période de grands changements ?
Ils peuvent se sentir différents, parfois complexés, exposés à des moqueries ou encore ressentir de l’inquiétude face à un corps qui change. On sait que c’est aussi une période où l’on peut avoir de la pilosité, de l’acné, donc elle a un impact sur l’image corporelle et sur la confiance en soi.
Plus on en parle tôt, mieux c’est. Avec des mots simples, mais en citant vraiment les processus, parce que les jeunes sont capables de comprendre bien plus que ce qu’on croit. C’est aussi important de les écouter sans minimiser ce qu’ils ressentent, de valoriser le fait qu’on est tous différents et de les encourager à exprimer ce qu’ils ressentent et de les rassurer sur le fait que cette période est transitoire et qu’un jour ce sera terminé. Quand on se sent surmené, on peut également se rapprocher de professionnels de santé qui peuvent aussi rassurer et qui sont plus neutres, ce qui peut être plus sécurisant pour les enfants.
Une émission de Phare FM.
