1 mètre 64, 53 kilos. François Buonagurio n’est rien qu’un petit cireur de chaussures né en 1906 à deux pas du Vieux-Port, à Marseille. Kid Francis. Voilà son nom de scène. Celui avec lequel il a connu la gloire, gants aux poings, celui avec lequel il a remporté tous ses titres : champion de France poids coq à 18 ans, champion d’Europe à 19 ans, vainqueur du champion du monde en titre au Madison Square Garden de New York à 20 ans seulement. Kid Francis, voilà un nom qui devait figurer au panthéon de la boxe. Ses liens avec le Milieu marseillais et le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale vont en décider autrement.

Kid Francis : destin brisé d’un prodige de la boxe entre Marseille, mafia et déportation

Avec Kid Francis, publié chez Casterman, le dessinateur Grégory Mardon et le scénariste Marius Rivière exhument une figure oubliée du noble art : François Buenagurio, alias Kid Francis. Un boxeur marseillais au destin fulgurant et tragique.

Une ascension météorique dans les années 1920

Né en 1906 dans le quartier populaire de Saint-Jean à Marseille, Kid Francis débute comme cireur de chaussures. Son talent sur le ring le propulse rapidement au sommet : champion de France des poids coqs à 18 ans, champion d’Europe à 19, vainqueur du champion du monde en titre à 20 ans. Une trajectoire exceptionnelle, qui le mène jusqu’aux États-Unis, alors centre névralgique de la boxe mondiale.

Le dessin nerveux et dynamique de Grégory Mardon épouse cette ascension rapide, restituant l’énergie, la vitesse et la brutalité du ring.

Entre gloire et zones d’ombre

Mais la réussite sportive s’accompagne d’un environnement trouble. Le monde de la boxe de l’entre-deux-guerres est traversé par les intérêts mafieux, les combats arrangés et les managers douteux. Kid Francis, décrit comme intègre et naïf, se retrouve pris dans des logiques qui le dépassent.

Son propre entourage contribue à sa chute : un oncle lié au grand banditisme marseillais — impliqué plus tard dans la French Connection, vaste réseau de trafic d’héroïne — joue un rôle déterminant dans les dérives qui entourent sa carrière.

La tragédie de la guerre

De retour en France à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Kid Francis est rattrapé par l’Histoire. Lors de la rafle du quartier Saint-Jean par les autorités nazies et collaborationnistes, il est arrêté, déporté et contraint à boxer dans les camps pour divertir ses geôliers. Il disparaît probablement lors d’une marche de la mort.

Le contraste est saisissant : certains responsables locaux compromis avec l’occupant traverseront la Libération sans encombre, tandis que le boxeur meurt dans l’anonymat.

Une mémoire restaurée

Mélange de biographie documentée et de reconstruction romanesque, l’album rappelle combien certaines figures sportives peuvent sombrer dans l’oubli. À l’exception de quelques passionnés, le nom de Kid Francis ne dit plus grand-chose aujourd’hui.

À travers ce récit poignant, Mardon et Rivière redonnent chair à une étoile filante de la boxe française, victime à la fois des dérives du milieu sportif et des violences de son siècle. Une plongée saisissante dans les années 1920-1940, entre gloire, corruption et tragédie historique.

Une chronique de Radio Semnoz.