Au crépuscule de sa vie, François Mitterrand se confronte à son passé. Son esprit convoque de grandes figures qui l’ont inspiré – depuis Anubis, le dieu des morts égyptien jusqu’à Jean Moulin, en passant par Jaurès – pour entamer avec lui un fascinant dialogue sur sa vie. À travers ces échanges, l’auteur nous invite à redécouvrir le passé d’un homme d’état aussi exceptionnel que complexe.

Mitterrand, le dernier président : une relecture romanesque des derniers mois de François Mitterrand

Trente ans après la disparition de François Mitterrand, la figure de l’ancien chef de l’État continue de susciter débats et relectures. L’album Mitterrand, le dernier président, signé Joël Callède et publié aux Éditions du Lombard, propose une plongée singulière dans les dernières semaines de sa vie.

Réédité sous un nouveau titre (l’édition précédente s’intitulait Mitterrand, Requiem) l’ouvrage emprunte une forme narrative forte : celle du procès intérieur. Affaibli par la maladie, fasciné de longue date par la mort et l’au-delà, Mitterrand entreprend un voyage en Égypte. Dans un rêve halluciné, il est confronté à Anubis, figure mythologique chargée d’accompagner les morts. S’ouvre alors une sorte de tribunal symbolique, où défilent les grandes étapes de sa vie publique et privée.

Un personnage romanesque et contradictoire

Le récit met en lumière les contradictions d’un homme de pouvoir. Celui qui permit l’abolition de la peine de mort avec Robert Badinter fut aussi ministre de l’Intérieur durant la guerre d’Algérie, période marquée par des décisions controversées. L’album ne tranche pas : il confronte. À travers des figures historiques comme Jean Jaurès, Jean Moulin et des scènes emblématiques comme la cérémonie au Panthéon, Mitterrand apparaît à la fois stratège politique, homme de culture et personnalité traversée par ses zones d’ombre.

Le choix du noir et blanc accentue la gravité du propos. Le dessin, précis et sans concession, soutient une narration qui, sous une apparente simplicité, explore la complexité d’un « animal politique » soucieux de la trace qu’il laissera.

Héritage politique et culturel

L’ouvrage rappelle aussi le contexte des années 1980 : abolition de la peine de mort, loi sur le prix unique du livre, grands projets culturels comme l’Opéra Bastille ou la pyramide du Louvre. Une période perçue par certains comme un moment d’audace politique et culturelle.

Au-delà du portrait historique, l’album pose une question universelle : que reste-t-il d’une vie ? Derrière la figure présidentielle, c’est la condition humaine qui affleure : ambitions, erreurs, héritage, mémoire. Une réflexion à la fois politique et existentielle.

Une émission de Radio Semnoz.