Jeûnes, célébrations liturgiques, repas rituels, symboliques familiales… Pâques traverse les siècles et relie des millions de croyants, qu’ils soient juifs, catholiques, protestants ou orthodoxes.
Pour éclairer ces pratiques et leur signification, j’ai reçu David Bouillon, professeur et coordinateur de la bibliothèque à HET-Pro.
Pourquoi Pâques occupe-t-elle une place si centrale ?
Pour David Bouillon, Pâques est un pivot spirituel majeur pour deux grandes traditions :
« Pour les juifs, c’est la fête qui permet de se souvenir de la sortie d’Égypte — un événement fondateur. Et pour les chrétiens, c’est la célébration de la mort et de la résurrection de Jésus. Deux communautés, deux histoires, mais un moment essentiel pour chacune. »
Ainsi, Pâques est à la fois mémoire historique, affirmation identitaire et célébration spirituelle profonde.
Entre Carême, Vendredi saint et matin de Pâques : comment les rites s’organisent-ils ?
Si les confessions chrétiennes divergent, certaines lignes restent communes.
« Dans les Églises orthodoxes, catholiques et certaines communautés protestantes historiques, Pâques se prépare par le temps du Carême. Pour d’autres communautés protestantes ou évangéliques, les temps forts sont surtout le Vendredi saint et le Dimanche de Pâques. »
Quel que soit le courant, l’objectif est le même : faire mémoire de l’événement central de la foi chrétienne.
Comment expliquer Pâques au grand public : histoire ou symboles ?
Beaucoup associent aujourd’hui Pâques à un long week-end, aux œufs en chocolat ou au lapin.
David Bouillon souligne l’enjeu :
« Le défi est de rappeler que cette fête est d’abord liée à des textes bibliques. Pour les chrétiens, elle célèbre la résurrection, qui est l’événement fondateur. C’est d’ailleurs pour cela que les chrétiens se réunissent le dimanche. »
Il ne s’agit pas d’opposer tradition et modernité, mais de redonner sens à ce qui, parfois, devient purement culturel.
Pourquoi observe-t-on autant de pratiques différentes ?
Raison historique, culturelle, spirituelle… Les explications sont multiples.
« Le christianisme s’est implanté dans des cultures qui avaient déjà leurs rites. Le printemps, moment où la vie renaît, s’est mêlé à la symbolique chrétienne. Aujourd’hui, dans des sociétés déchristianisées, certains symboles reviennent : la lumière, la vie, la renaissance. »
La diversité actuelle est donc le fruit :
- de la rencontre entre traditions anciennes,
- de réinterprétations modernes,
- et de l’évolution des cultures contemporaines.
Toute tradition comporte-t-elle un biais théologique ?
Les rites ne sont jamais neutres : ils portent une histoire, une intention, une signification.
« Le danger, pour toute communauté religieuse, c’est d’entretenir des traditions dont on a perdu le sens. Le seder juif ou les célébrations chrétiennes de Pâques peuvent devenir formelles si on ne se les réapproprie pas. »
La question n’est pas de tout conserver… mais de comprendre ce que l’on vit.
Quelle est la “bonne manière” de célébrer Pâques ?
Pour David Bouillon, il n’existe pas une seule réponse :
« La manière juste dépend de chacun. Catholiques, protestants, orthodoxes : chaque tradition a ses rites porteurs de sens. Ce qui est important, c’est de s’ouvrir à ce que d’autres chrétiens vivent. Cela enrichit notre propre pratique. »
Il partage même un exemple vécu lorsqu’il était pasteur :
« Nous célébrions l’aube de Pâques : se rassembler avant le lever du soleil, allumer un feu, chanter… C’est un symbole puissant de la lumière qui triomphe des ténèbres. Aujourd’hui, cette pratique devient de plus en plus courante dans les Églises protestantes. »
Une manière de faire dialoguer rites traditionnels et redécouverte contemporaine.
Que peut transmettre Pâques aux nouvelles générations ?
Dans un monde marqué par l’éco-anxiété, les tensions internationales et l’incertitude, le message de Pâques garde une force immense.
« Le message central de Pâques, c’est l’espérance. La lumière plus forte que l’obscurité, la vie plus forte que la mort. C’est un message essentiel pour des jeunes souvent inquiets de l’avenir. »
Pâques devient alors :
- un appel à la résilience,
- une invitation à l’espérance,
- un rappel que la lumière existe, même au cœur de l’inquiétude.
Pour les chrétiens, cette lumière porte un nom : Jésus Christ.
Une chronique de Phare FM.
