L’Algérie est souvent évoquée à travers ses relations diplomatiques, parfois complexes avec la France. Au-delà des enjeux, certaines réalités restent encore aujourd’hui largement invisibles. Parmi elles, la situation des chrétiens et l’accès à la Bible dans le pays. Bien que l’Algérie soit un pays largement musulman, une minorité chrétienne subsiste. Elle représente aujourd’hui 0,2 % de la population, une minorité particulièrement vulnérable. Lumière sur la manière dont vivent les chrétiens en Algérie, avec Rezki Ouaked, secrétaire exécutif de la Société biblique d’Algérie.

C’est un pays qui se réclame musulman, mais la communauté chrétienne existait même avant l’indépendance. L’Église historique est l’Église catholique, présente depuis le temps colonial. Et puis il y a eu les conversions des Algériens au christianisme à partir des années 1970. En 2006, le président de l’époque, Abdelaziz Bouteflika, a fait régulariser la situation du culte non musulman. C’est une pierre d’achoppement pour l’Église et les chrétiens. Les problèmes commencent à partir de là. À l’heure actuelle, un seul lieu de culte chrétien reste encore ouvert. Il se trouve à Alger.

En 2026, soixante-six responsables de communautés chrétiennes ont été traduits en justice, quinze d’entre eux ont été condamnés à des peines allant de six mois à trois ans de prison. Comment ces pressions impactent-elles la vie des communautés chrétiennes en Algérie ?

J’admire le courage des responsables qui soutiennent et encouragent la communauté. Les fermetures des lieux de culte ont impacté lourdement la communauté chrétienne. Il y a une peur qui s’installe, il y a de la confusion. Les gens ne savent pas si c’est légal de croire ou de ne pas croire. Ça reste intimidant pour la communauté. Malgré cela, il y a une croissance : des gens, surtout parmi la jeunesse, se convertissent, cherchent à connaître Jésus, à connaître le christianisme. C’est le paradoxe de la situation.

Alors que la liberté de culte se réduit drastiquement en Algérie, la question n’est plus seulement de savoir si la Bible peut être lue, mais comment elle parvient encore à circuler. La diffusion de la Bible dépend notamment des autorisations d’importation, aujourd’hui très limitées.

Nous avons besoin d’une autorisation préalable du ministère des Affaires religieuses qui nous accorde à chaque fois quelques quantités de bibles à faire entrer au pays. La dernière importation qu’on a faite, c’était en 2019. Et puis en 2020, juste après le Covid, on a procédé à une nouvelle importation qui s’est faite normalement. Mais en arrivant au port d’Alger, ces bibles ont été bloquées. Actuellement, il y a 6 000 bibles bloquées au niveau du port. Fin 2025, les autorités m’ont contacté pour m’accorder quelques nouvelles licences d’importation mais avec des quantités insignifiantes. Ils ne m’ont donné jusque-là que 250 bibles. Je pense que c’est lié à la visite prochaine du pape, dans les prochaines semaines.

En ce mois de la Bible 2026, placé sous le thème « La Bible, source de paix », la question de l’accès aux Écritures prend une résonance toute particulière dans ce pays. En quoi la Bible peut-elle encore jouer un rôle de paix dans un contexte où la liberté religieuse se réduit ?

Effectivement, la Bible a toujours ce message de paix, de tolérance. La Bible est un patrimoine de l’humanité. Elle donne aussi accès à la littérature, à la culture biblique. En Algérie, dans notre contexte, en tant que chrétiens, nous n’avons pas vraiment d’impact dans la société, puisque nous n’avons pas la possibilité d’exprimer la culture de la Bible. Mais par notre comportement, notre manière de dire les choses, de vivre, nous pouvons influencer la société pour qu’elle évolue dans un bon sens.

Notre premier souhait est d’avoir les licences d’importation pour pouvoir mettre la Bible à la disposition des Algériens et qu’ils puissent découvrir Jésus sans risque.

Une émission de Phare FM.