Es 58.7-10 – Ta lumière se lèvera
La lumière du disciple
Le contexte – Le livre d’Ésaïe
Nous sommes dans la troisième partie du livre d’Ésaïe qui correspond à la période difficile du retour des exilés à Jérusalem. Ils ont trouvé une ville qui portait encore les séquelles du sac de Nabuchodonosor, cinquante ans plus tôt. En outre, leurs maisons étaient occupées par des nouveaux habitants qui ne les ont pas accueillis très chaleureusement.
Dans le chapitre qui précède notre passage, le Seigneur s’adresse à son peuple pour lui dire qu’il s’était irrité contre lui et qu’il l’avait frappé, mais que maintenant il change de comportement : devant les dérives de ses enfants, il les comblera de consolations et les guérira. Les Judéens sont invités à répondre à cette bénédiction en cultivant la solidarité et le partage.
Que dit le texte ? – Cultiver la solidarité
Les quelques versets que nous avons lus évoquent trois temps. Ne s’agit-il pas de partager ton pain avec celui qui a faim, de ramener à la maison les pauvres sans-abri, de couvrir celui que tu vois nu ? Le but de la démarche spirituelle consiste à devenir solidaire de son prochain et notamment des plus petits. « Il appartient à celui qui a faim, le pain que tu gardes ; à celui qui est nu, le manteau que tu conserves dans tes coffres ; à celui qui est sans chaussure, la chaussure qui pourrit chez toi ; au pauvre, l’argent que tu tiens enfoui. Ainsi tu commets autant d’injustices qu’il y a de personnes à qui tu pourrais donner » (Basile de Césarée).
Alors ta lumière poindrait comme l’aurore. Celui qui partage son pain, qui accueille le sans-abri et qui couvre celui qui est nu est une lumière. Souvent, nous ne partageons pas parce que nous avons peur, Dieu nous assure qu’il est à nos côtés dans notre générosité et qu’il nous protégera.
Alors tu appellerais, et le Seigneur répondrait. Si nous avons le sentiment que le Seigneur ne répond pas à nos appels, c’est peut-être que nous ne sommes pas assez zélés dans l’application de la justice. C’est pourquoi avant de s’adresser à Dieu, il faut commencer par éloigner les gestes menaçants et les discours malfaisants.
Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le sel de la terre
Lorsque Jésus dit à ceux qui l’écoutent qu’ils sont le sel de la terre et la lumière du monde, il ne s’adresse pas à des hommes riches et brillants, mais à une foule de pauvres qui ne sont pas grand-chose aux yeux du monde. Ils peuvent s’identifier aux exilés qui sont revenus à Jérusalem.
Le passage d’Ésaïe entre en résonnance avec celui de l’Évangile pour dire que devant Dieu, les vraies lumières ne sont pas les grands que tout le monde admire mais ceux qui savent partager leur pain et accueillir les sans-abri, avec ceux qui vivent les béatitudes.
1 Co 2.1-5 – Être disciples du crucifié
Vivre en disciple du crucifié
Le contexte – La première épître aux Corinthiens
Dans le premier chapitre de l’épître aux Corinthiens, Paul aborde la question des divisions dans l’Église en appelant ses interlocuteurs à se considérer comme les disciples d’un Dieu qui a eu la folie de mourir sur une croix. Ils sont alors invités à tout considérer à partir de la croix. Après la question de l’unité, Paul aborde celle de l’autorité de la prédication.
Que dit le texte ? – L’autorité de Paul
Ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu. Le langage et la sagesse, le logos et la sophia appartiennent aux procédés de notre humanité pour transmettre un message. Si le message que veut transmettre Paul est une folie, la façon de l’exprimer doit être en cohérence avec son contenu, c’est pourquoi il ne veut pas s’appuyer sur des procédés de rhétorique. La prédication de la croix relève du mystère de Dieu, c’est-à-dire d’une révélation particulière.
L’affirmation selon laquelle la faiblesse et la folie de la croix sont de l’ordre de la manifestation de Dieu échappe à la logique et la sagesse de notre langage.
J’étais chez vous dans un état de faiblesse, de crainte et de grand tremblement. Paul a habité sa prédication, il a vécu ce qu’il annonçait. Nous nous faisons parfois un portrait de Paul comme un héros de la foi qui prêche l’Évangile avec assurance. Il est bon d’entendre qu’il a aussi parlé dans la faiblesse, la crainte et les tremblements. Lorsque nous nous sentons fragiles dans notre foi, nous pouvons nous souvenir que Paul a annoncé l’évangile malgré la faiblesse, la crainte et les tremblements.
Pour que votre foi ne soit pas en la sagesse des humains, mais en la puissance de Dieu. Le risque de toute démarche spirituelle est de remplacer la foi en Dieu par la foi dans notre compréhension de Dieu. Pour éviter ce risque, Paul nous invite à un certain renoncement dans l’ordre de la sagesse, à ne pas être trop intelligent dans notre compréhension ni trop brillant dans notre expression… pour laisser un espace à l’Esprit.
Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le sel de la terre
Paul n’était pas un orateur né. Dans la deuxième épître aux Corinthiens, ses adversaires disent de lui : Ses lettres sont sévères et fortes ; mais, lorsqu’il est présent en personne, il est faible, et sa parole est méprisable (2 Co 10.10). Et pourtant, il a été une lumière pour la première Église, il a été un grand témoin
du sel de l’Évangile.
Si son ministère a eu un tel rayonnement, c’est parce qu’il n’a pas voulu s’appuyer sur autre chose que sur sa faiblesse, mais qu’en le faisant il incarnait la foi dans un Christ qui s’est révélé au monde en mourant sur une croix.
1 Co 2.6-10 – La sagesse de Dieu
La sagesse de Dieu
Le contexte – La première épître aux corinthiens
Après avoir passé dix-huit mois à Corinthe, Paul a quitté la ville en laissant une Église bien structurée. Dans les mois qui ont suivi, il a été alerté de grave problème dans la communauté. Elle s’est divisée en clans, elle a été confrontée à des problèmes de mœurs, les cérémonies se déroulaient dans le désordre, le repas du Seigneur n’était pas respecté et certains remettaient en cause la résurrection.
À toutes ces questions, Paul a une même réponse qu’on peut résumer par le verset que nous avons médité la semaine dernière : J’ai jugé bon, parmi vous, de ne rien savoir d’autre que Jésus-Christ – Jésus-Christ crucifié. La croix est le principe à partir duquel la vie de foi et la vie en Église doivent être
reconsidérées.
Que dit le texte ? – Ce que Dieu a révélé
Paul souligne que la théologie de la croix qu’il développe dans cette épître ne vient pas de lui : C’est à nous que Dieu l’a révélé par l’Esprit. Si Dieu nous a donné une intelligence, c’est pour qu’on s’en serve. Nous devons simplement vérifier que notre intelligence et notre théologie sont passées au crible de la
croix.
Une sagesse qui n’est pas de ce monde ni des princes de ce monde. Les princes de ce monde évoquent les puissances des ténèbres. C’est par un renversement paradoxal que les puissances mauvaises sont renversées par la faiblesse de la croix selon le message de l’épître aux Colossiens : Il a effacé l’acte rédigé contre nous en vertu des prescriptions légales, acte qui nous était contraire ; il l’a enlevé en le clouant à la croix ; il a dépouillé les principats et les autorités, et il les a publiquement livrés en spectacle, en les entraînant dans son triomphe (Col 2.14-15).
Cette nouvelle compréhension nous est donnée par l’Esprit : L’Esprit n’est pas énigmatique, il révèle. L’intelligence de Dieu n’est pas réservée aux super théologiens, elle est révélée à tous ceux qui se mettent à l’écoute de l’Esprit.
Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Les antinomies
La sagesse paradoxale de Dieu se développe dans les antinomies. Selon notre compréhension naturelle, on a le droit de se venger de ses ennemis et il faut rendre coup pour coup lorsqu’on est frappé, la sagesse de la croix nous appelle à une autre logique : aimer ses ennemis comme le Christ les a aimés
et renoncer à les frapper en retour comme le Christ s’est laissé crucifié.
Cette sagesse est contre-naturelle, mais c’est celle de l’Évangile. C’est en suivant cette voie que nous serons les témoins du Christ crucifié.
Antoine Nouis
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenants : Antoine Nouis
