L’évangile du dimanche du 8 février (Matthieu 5.13-16)

Introduction

Après avoir dressé le portrait du disciple dans les béatitudes, Jésus nous apprend que les pauvres de cœur, les artisans de paix et les persécutés à cause de la justice sont les vraies lumières de notre monde. Pour l’évangile, les stars de notre monde ne sont pas ceux qu’on voit à la télévision ou dont on parle le plus sur les réseaux sociaux, ce sont les petits, les humbles, ceux qui œuvrent au quotidien pour un monde plus fraternel.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Le sel de la terre

Vous êtes le sel de la terre. Le sel donne du goût, sans lui la soupe est fade ; et le sel est un conservateur, sans lui les aliments pourrissent. L’évangile, les béatitudes sont ce qui donne du goût à notre monde et ce qui lui permet de ne pas pourrir, de durer, de subsister.

Dans l’évangile de Marc, Jésus précise l’appel à être sel : Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres (Mc 9.50). Dans la même veine, Paul encourage les Colossiens en leur écrivant : Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel (Col 4.6). La paix et le sel dans un cas, la grâce et le sel dans l’autre : une ligne de crête qui est une des plus belles définitions du chemin d’un disciple.

La lumière du monde

À la différence du sel qui est invisible lorsqu’il donne du goût à la soupe, la lumière est faite pour être vue. La lumière s’impose d’elle-même, lorsque la lumière rencontre l’obscurité, ce sont les ténèbres qui sont éclairées, ce n’est pas la lumière qui est enténébrée !

Dans le prologue du quatrième évangile, la lumière est associée au Christ et à la vérité. Les disciples n’ont pas peur de vivre dans la lumière alors les oppresseurs et les menteurs aiment les ténèbres. À ceux qui obscurcissent la lumière, Jésus fait une promesse : Ne les craignez donc pas, car il n’y a rien de voilé qui ne doive être révélé, rien de caché qui ne doive être connu (Mt 10.26).

Pistes d’actualisation

1er thème : Être sel et lumière

L’appel à être sel et lumière se situe entre le message des béatitudes qui appellent les disciples à avoir un cœur de pauvre, à être doux et compatissants au risque d’être persécutés, et le message des antinomies qui appelle à dépasser la justice des scribes et des pharisiens en vivant la non-violence, le non-jugement, la réconciliation et l’amour des ennemis.

Nous sommes vraiment au cœur de l’évangile. Comme l’a dit Jürgen Moltmann :  « C’est l’autorité reconnue au Sermon sur la montagne et sa mise en pratique qui détermineront si, dans les sociétés occidentales, le christianisme deviendra une religion bourgeoise qui n’exige plus rien et qui ne console personne, ou s’il constituera une communauté qui confesse le Christ et qui le suit, lui seul et totalement. »

2e thème : Message à une église persécutée

L’appel à être sel et lumière pourrait paraître pour de l’arrogance, sauf qu’il est adressé à une Église minoritaire et persécutée. Ce n’est pas la même chose de dire qu’elle est lumière à une Église dominante et à une Église dominée et persécutée.

L’Église à laquelle s’adresse Matthieu devait se sentir en danger par la menace de l’Empire romain qui commençait à la persécuter, mais l’évangile lui dit qu’elle ne doit pas craindre car elle est le sel et la lumière.

Nous retrouvons le message du livre de l’Apocalypse qui dit à ceux qui essayent d’être fidèles à l’agneau immolé de rester dans la confiance, car à la fin l’agneau sera vainqueur du dragon.

3e thème : Une Église minoritaire

Le propre du sel est de donner du goût à la soupe, mais s’il y a trop de sel la soupe devient immangeable. Peut-il y avoir trop d’Évangile ? On peut juste remarquer que dans l’histoire, chaque fois qu’une Église est devenue dominante et majoritaire dans une société, elle a dénaturé le message de l’Évangile, cette loi ne souffre aucune exception. Il faut se résoudre à considérer que la vocation de l’Église est d’être minoritaire. Elle n’a pas vocation à gouverner le monde, mais à être une parole d’ouverture, de contestation et d’espérance

Une illustration : Le ciel ou le miel ?

Bernanos a écrit : « Le bon Dieu n’a pas écrit que nous étions le miel de la terre, mais le sel. Or, notre pauvre monde ressemble au vieux père Job sur son fumier, plein de plaies et d’ulcères. Du sel sur une peau à vif, ça brûle. Mais ça empêche aussi de pourrir. » Le risque qui menace l’Église de nos jours est l’insignifiance, de ne plus avoir de goût, de ne faire que répéter les poncifs de notre monde. Notre texte est alors redoutable lorsqu’il affirme que si le sel devient fade, il ne sert à rien et qu’il n’est plus bon qu’à être jeté dehors. Et en plus un sel dégénéré stérilise la terre dans laquelle il est jeté.

Si elle veut redevenir sel et lumière, l’Église doit retrouver la radicalité du message des béatitudes.

Le texte d’Esaïe du dimanche 8 février (Esaïe 58.7-10)

La lumière du disciple

Le contexte – Le livre d’Ésaïe


Nous sommes dans la troisième partie du livre d’Ésaïe qui correspond à la période difficile du retour des exilés à Jérusalem. Ils ont trouvé une ville qui portait encore les séquelles du sac de Nabuchodonosor, cinquante ans plus tôt. En outre, leurs maisons étaient occupées par des nouveaux habitants qui ne les ont pas accueillis très chaleureusement.
Dans le chapitre qui précède notre passage, le Seigneur s’adresse à son peuple pour lui dire qu’il s’était irrité contre lui et qu’il l’avait frappé, mais que maintenant il change de comportement : devant les dérives de ses enfants, il les comblera de consolations et les guérira. Les Judéens sont invités à répondre à cette bénédiction en cultivant la solidarité et le partage.

Que dit le texte ? – Cultiver la solidarité

Les quelques versets que nous avons lus évoquent trois temps. Ne s’agit-il pas de partager ton pain avec celui qui a faim, de ramener à la maison les pauvres sans-abri, de couvrir celui que tu vois nu ? Le but de la démarche spirituelle consiste à devenir solidaire de son prochain et notamment des plus petits. « Il appartient à celui qui a faim, le pain que tu gardes ; à celui qui est nu, le manteau que tu conserves dans tes coffres ; à celui qui est sans chaussure, la chaussure qui pourrit chez toi ; au pauvre, l’argent que tu tiens enfoui. Ainsi tu commets autant d’injustices qu’il y a de personnes à qui tu pourrais donner » (Basile de Césarée).
Alors ta lumière poindrait comme l’aurore. Celui qui partage son pain, qui accueille le sans-abri et qui couvre celui qui est nu est une lumière. Souvent, nous ne partageons pas parce que nous avons peur, Dieu nous assure qu’il est à nos côtés dans notre générosité et qu’il nous protégera.
Alors tu appellerais, et le Seigneur répondrait. Si nous avons le sentiment que le Seigneur ne répond pas à nos appels, c’est peut-être que nous ne sommes pas assez zélés dans l’application de la justice. C’est pourquoi avant de s’adresser à Dieu, il faut commencer par éloigner les gestes menaçants et les discours malfaisants. 

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le sel de la terre

Lorsque Jésus dit à ceux qui l’écoutent qu’ils sont le sel de la terre et la lumière du monde, il ne s’adresse pas à des hommes riches et brillants, mais à une foule de pauvres qui ne sont pas grand-chose aux yeux du monde. Ils peuvent s’identifier aux exilés qui sont revenus à Jérusalem.
Le passage d’Ésaïe entre en résonnance avec celui de l’Évangile pour dire que devant Dieu, les vraies lumières ne sont pas les grands que tout le monde admire mais ceux qui savent partager leur pain et accueillir les sans-abri, avec ceux qui vivent les béatitudes.

Le texte de 1 Corinthiens du dimanche 8 février (1 Corinthiens 2.1-5)

Vivre en disciple du crucifié

Le contexte – La première épître aux Corinthiens
Dans le premier chapitre de l’épître aux Corinthiens, Paul aborde la question des divisions dans l’Église en appelant ses interlocuteurs à se considérer comme les disciples d’un Dieu qui a eu la folie de mourir sur une croix. Ils sont alors invités à tout considérer à partir de la croix. Après la question de l’unité, Paul aborde celle de l’autorité de la prédication.

Que dit le texte ? – L’autorité de Paul
Ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu. Le langage et la sagesse, le logos et la sophia appartiennent aux procédés de notre humanité pour transmettre un message. Si le message que veut transmettre Paul est une folie, la façon de l’exprimer doit être en cohérence avec son contenu, c’est pourquoi il ne veut pas s’appuyer sur des procédés de rhétorique. La prédication de la croix relève du mystère de Dieu, c’est-à-dire d’une révélation particulière.
L’affirmation selon laquelle la faiblesse et la folie de la croix sont de l’ordre de la manifestation de Dieu échappe à la logique et la sagesse de notre langage.
J’étais chez vous dans un état de faiblesse, de crainte et de grand tremblement. Paul a habité sa prédication, il a vécu ce qu’il annonçait. Nous nous faisons parfois un portrait de Paul comme un héros de la foi qui prêche l’Évangile avec assurance. Il est bon d’entendre qu’il a aussi parlé dans la faiblesse, la crainte et les tremblements. Lorsque nous nous sentons fragiles dans notre foi, nous pouvons nous souvenir que Paul a annoncé l’évangile malgré la faiblesse, la crainte et les tremblements.
Pour que votre foi ne soit pas en la sagesse des humains, mais en la puissance de Dieu. Le risque de toute démarche spirituelle est de remplacer la foi en Dieu par la foi dans notre compréhension de Dieu. Pour éviter ce risque, Paul nous invite à un certain renoncement dans l’ordre de la sagesse, à ne pas être trop intelligent dans notre compréhension ni trop brillant dans notre expression… pour laisser un espace à l’Esprit.


Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le sel de la terre
Paul n’était pas un orateur né. Dans la deuxième épître aux Corinthiens, ses adversaires disent de lui : Ses lettres sont sévères et fortes ; mais, lorsqu’il est présent en personne, il est faible, et sa parole est méprisable (2 Co 10.10). Et pourtant, il a été une lumière pour la première Église, il a été un grand témoin
du sel de l’Évangile.
Si son ministère a eu un tel rayonnement, c’est parce qu’il n’a pas voulu s’appuyer sur autre chose que sur sa faiblesse, mais qu’en le faisant il incarnait la foi dans un Christ qui s’est révélé au monde en mourant sur une croix.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis